Les infections sexuellement transmissibles (IST, autrefois appelées MST) peuvent avoir des vecteurs très différents — bactéries, virus, parasites, champignons — et certaines altèrent durablement la fertilité, parfois sans le moindre symptôme. C’est tout l’enjeu du dépistage et de la prévention.
Chlamydiose, gonorrhée, syphilis, HPV, VIH : cet article fait le point sur les principales infections sexuellement transmissibles, leur impact sur la fertilité, et les moyens simples de s’en protéger.
IST et fertilité : un lien direct
Toutes les infections sexuellement transmissibles n’ont pas le même retentissement sur la fertilité, mais plusieurs figurent parmi les causes évitables les plus importantes d’infertilité. Le danger vient souvent de leur discrétion : une infection passée inaperçue peut s’installer en profondeur et provoquer des lésions irréversibles.
Les principales IST et leur impact sur la fertilité
| Infection | Agent | Risque pour la fertilité |
|---|---|---|
| Chlamydiose | Bactérie (C. trachomatis) | Élevé Stérilité tubaire, salpingite, GEU chez la femme ; OATS chez l’homme. |
| Gonorrhée | Bactérie (N. gonorrhoeae) | Élevé Maladie inflammatoire pelvienne, infertilité future. |
| Mycoplasmes | Bactérie | Modéré Salpingites ; influence possible sur la mobilité du sperme. |
| Syphilis | Bactérie (tréponème) | Indirect Complications graves si non traitée ; risque en grossesse. |
| Trichomonase | Parasite | Faible Inflammation génitale, gêne, facteur de co-infection. |
| HPV | Virus (papillomavirus) | Indirect Lésions précancéreuses du col ; peu d’effet direct sur la fertilité. |
| VIH, hépatites | Virus | Encadré Grossesse et PMA possibles sous suivi spécialisé. |
La connaissance de ces agents pathogènes, associée à des précautions simples, suffit à réduire fortement les risques. C’est pourquoi l’information et le dépistage précoce sont essentiels.
Les IST bactériennes
La chlamydiose
C’est l’IST la plus préoccupante pour la fertilité. La contamination passe très souvent totalement inaperçue : en France, 60 à 70 % des jeunes femmes infectées ne présentent aucun symptôme. Lorsqu’elle s’installe dans les zones profondes, la chlamydiose peut être à l’origine d’une stérilité tubaire bilatérale chez la femme et d’une OATS chez l’homme. Des antibiotiques sont efficaces chez les deux partenaires dès qu’un diagnostic est posé.
La gonorrhée
Due à Neisseria gonorrhoeae, la gonorrhée peut, chez la femme non traitée, se propager à l’utérus, aux trompes et aux ovaires, provoquant une maladie inflammatoire pelvienne, cause possible d’infertilité future. Le traitement associe un antibiotique ciblé chez les deux partenaires, souvent couplé au traitement de la chlamydiose.
La syphilis
Causée par le tréponème, la syphilis évolue par stades. L’apparition du chancre n’est que la première manifestation ; sans traitement, des atteintes cutanées, puis neurologiques, cardiaques ou hépatiques peuvent survenir après des années. Le diagnostic repose sur la clinique et la sérologie, le traitement sur les antibiotiques, adaptés au stade.
Les mycoplasmes
Commensaux des voies génitales basses, ils peuvent être à l’origine d’infections uro-génitales, de salpingites et de fièvres du post-partum, et sont mis en cause dans certains avortements à répétition. Leur présence pourrait influencer la mobilité du sperme in vitro.
Parasites et champignons
La trichomonase, due à un parasite (Trichomonas vaginalis), se manifeste chez la femme par une vaginite avec écoulement et démangeaisons, et reste souvent discrète chez l’homme — d’où sa diffusion. Le traitement anti-parasitaire, oral et local, doit concerner les deux partenaires.
Les candidoses, dues le plus souvent à Candida albicans, provoquent des lésions et des pertes malodorantes. Fréquentes, elles ne sont pas toujours d’origine sexuelle, mais un traitement des deux partenaires, avec contrôle après quelques semaines, est parfois nécessaire.
Les IST virales
Parmi les virus sexuellement transmissibles figurent l’herpès génital, les hépatites B et C, le VIH et les papillomavirus (HPV).
VIH : des repères qui ont changé
Le préservatif reste la meilleure protection au quotidien. Mais la prise en charge du VIH a profondément évolué. Deux avancées majeures méritent d’être connues : la PrEP (prophylaxie pré-exposition), un traitement préventif efficace disponible et remboursé en France, et le principe « indétectable = intransmissible » (U=U). Une personne vivant avec le VIH, sous traitement efficace et avec une charge virale indétectable, ne transmet pas le virus par voie sexuelle.
HPV : le poids des papillomavirus
Les papillomavirus sont très fréquents. Les sérotypes 6 et 11 provoquent des verrues génitales (condylomes), peu cancérigènes mais contagieuses. Les sérotypes 16 et 18, eux, peuvent évoluer vers des lésions précancéreuses et sont impliqués dans la majorité des cancers du col de l’utérus. La prévention repose sur la vaccination et le suivi médical régulier.
Le dépistage : pourquoi et quand
Parce que les infections sexuellement transmissibles sont souvent silencieuses, le dépistage est le seul moyen de les repérer à temps. En France, la Haute Autorité de Santé recommande un dépistage systématique de la chlamydiose chez toutes les femmes sexuellement actives de 15 à 25 ans, renouvelé chaque année en cas de nouveau partenaire.
Bonne nouvelle sur le plan pratique : le dépistage des IST est gratuit avant 26 ans, et les jeunes femmes peuvent commander un kit de dépistage à domicile depuis leur compte ameli. En cas de désir d’enfant ou d’infertilité, un bilan élargi peut être proposé, incluant une sérologie de la chlamydiose pour rechercher d’anciennes infections profondes.
Prévention et vaccination
La prévention des infections sexuellement transmissibles repose sur quelques gestes simples et complémentaires.
Quatre piliers de la prévention
Deux vaccinations sont particulièrement importantes. Le vaccin contre le HPV est aujourd’hui recommandé pour les filles comme pour les garçons de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans ; il protège contre les principaux virus responsables du cancer du col. La vaccination contre l’hépatite B est également efficace et largement recommandée.
IST et parcours PMA
Avant toute prise en charge en PMA, des sérologies obligatoires sont réalisées chez les deux membres du couple (VIH, hépatites B et C, syphilis). Elles protègent la future grossesse, le personnel de laboratoire et les autres patients, et permettent, si besoin, d’organiser une prise en charge à risque viral encadrée.
Repérer et traiter une IST avant de concevoir, c’est aussi lever un obstacle potentiel à la fertilité. Le dépistage des infections sexuellement transmissibles fait donc pleinement partie d’une démarche de projet parental.
Questions fréquentes
Quelles IST peuvent rendre stérile ?
Peut-on avoir une IST sans aucun symptôme ?
À quelle fréquence se faire dépister ?
Le vaccin HPV est-il utile pour les garçons ?
Peut-on avoir un enfant en étant séropositif au VIH ?
- Haute Autorité de Santé. Dépistage systématique de l’infection à Chlamydia trachomatis chez les jeunes femmes.
- Haute Autorité de Santé. Vaccination HPV : recommandations et rattrapage.
- Santé publique France. Données de surveillance des infections sexuellement transmissibles.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Dépistage et prise en charge des IST.



