La spermiologie est la branche de la biologie de la reproduction qui étudie le sperme et les spermatozoïdes : c’est l’examen de première intention pour évaluer la fertilité masculine. Le bilan de spermiologie repose avant tout sur le spermogramme, complété selon les cas par un spermocytogramme, un test de migration-survie, une spermoculture ou une mesure de la fragmentation de l’ADN.
Cet examen paraît simple, mais son interprétation demande de la rigueur. Un seul spermogramme anormal ne suffit jamais à conclure : la production de spermatozoïdes varie d’un cycle à l’autre, et un contrôle est presque toujours nécessaire à distance.
Qu’est-ce que la spermiologie ?
La spermiologie regroupe l’ensemble des examens réalisés au laboratoire sur un échantillon de sperme. Son objectif : mesurer la quantité, la mobilité, la forme et la vitalité des spermatozoïdes, puis rechercher d’éventuelles anomalies qui pourraient gêner la conception, qu’elle soit naturelle ou assistée.
Dans un parcours de PMA, la spermiologie oriente le choix de la technique : une insémination reste possible avec un sperme correct, tandis qu’une atteinte marquée de la concentration ou de la mobilité oriente vers une FIV, voire une ICSI où le spermatozoïde est injecté directement dans l’ovocyte.
Le spermogramme et les normes OMS 2021
Le spermogramme est le socle de la spermiologie. Il se réalise au laboratoire après une abstinence de 2 à 7 jours, par masturbation, dans un recueil stérile. L’analyse doit démarrer rapidement, à température contrôlée, car les spermatozoïdes sont fragiles.
Les résultats sont comparés aux valeurs de référence de l’OMS, dont la 6ᵉ édition (2021) fait aujourd’hui foi. Point essentiel : ces seuils correspondent au 5ᵉ percentile d’hommes fertiles. Ce ne sont pas des frontières nettes entre « fertile » et « infertile », mais des repères d’interprétation. Un résultat légèrement sous la limite ne signifie pas l’impossibilité de concevoir.
Les valeurs de référence du spermogramme — OMS 2021 (6ᵉ édition)
| Paramètre | Seuil bas de référence | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|
| Volume de l’éjaculat | ≥ 1,4 mL | Quantité de sperme émise |
| Concentration | ≥ 16 M/mL | Spermatozoïdes par millilitre |
| Numération totale | ≥ 39 M | Nombre total par éjaculat |
| Mobilité totale | ≥ 42 % | Spermatozoïdes mobiles (a+b+c) |
| Mobilité progressive | ≥ 30 % | Spermatozoïdes qui avancent (a+b) |
| Vitalité | ≥ 54 % | Spermatozoïdes vivants |
| Morphologie | ≥ 4 % | Formes typiques (normales) |
| pH | ≥ 7,2 | Équilibre acido-basique |
Automate ou analyse manuelle ?
La tentation est forte de remplacer l’analyse manuelle, longue et très spécialisée, par un automate autonome. Malgré les progrès des systèmes d’analyse assistée par ordinateur (CASA), il n’est pas encore possible de confier entièrement le travail à la machine : une surveillance humaine reste indispensable en spermiologie.
La numération
Le technicien doit toujours observer une lame avant de lancer une analyse automatique. Certains automates ne savent pas traiter les échantillons trop pauvres ou trop riches, qui imposent une dilution préalable. Les prélèvements très pauvres en spermatozoïdes sont d’ailleurs repris en comptage manuel classique.
La mobilité
Plusieurs systèmes capturent les têtes spermatiques et suivent leur déplacement image par image. Cette analyse du mouvement apporte des informations fines sur le comportement des spermatozoïdes. En France, ces techniques servent surtout à mesurer la numération et la mobilité.
La morphologie
Pour le spermocytogramme, la reconnaissance de forme n’est fiable que sur sperme préparé (lavé), ce qui ajoute une manipulation. Un contrôle visuel à l’écran valide le résultat. Certains automates estiment la morphologie par des méthodes indirectes (densité optique, diffraction) associées à une base de données ; ce type d’appareil reste peu utilisé en France.
En pratique, l’automate « idéal » capable d’une analyse complète et autonome n’existe pas encore. Ces systèmes libèrent le technicien de tâches répétitives dans les laboratoires à fort volume, mais ils restent coûteux et s’emploient avec les précautions d’usage.
Les paramètres complémentaires
Au-delà des grands paramètres, la spermiologie moderne explore d’autres dimensions, parfois sur les mêmes automates :
- La vitalité : elle distingue les spermatozoïdes immobiles mais vivants de ceux qui sont morts, une nuance capitale en cas d’asthénozoospermie sévère.
- Les leucocytes : recherchés par réaction péroxydasique, ils signent une possible infection ou inflammation au-delà de 1 M/mL (leucospermie).
- La réaction acrosomique : elle évalue la capacité du spermatozoïde à « s’activer » pour féconder.
- La fragmentation de l’ADN spermatique : elle mesure l’intégrité du matériel génétique, un examen de plus en plus proposé en cas d’échecs répétés ou de fausses couches à répétition.
Bien réussir son recueil
La qualité du résultat commence par un recueil rigoureux. Un prélèvement mal réalisé fausse l’analyse et peut conduire à répéter l’examen inutilement.
- Respecter une abstinence de 2 à 7 jours, ni plus ni moins.
- Recueillir la totalité de l’éjaculat dans le flacon stérile fourni.
- Réaliser le recueil au laboratoire de préférence, ou l’y apporter dans les 30 à 60 minutes, à température du corps.
- Signaler toute fièvre récente : un épisode fébrile peut altérer la spermatogenèse pendant plusieurs semaines.
Interpréter les anomalies
Un spermogramme anormal se décrit avec un vocabulaire précis. Ces termes ne sont pas des diagnostics définitifs : ils décrivent un état à un instant donné, à confirmer sur un second examen réalisé à environ trois mois d’intervalle, le temps d’un cycle complet de spermatogenèse.
Comprendre le vocabulaire d’un spermogramme anormal
Face à une anomalie confirmée, le bilan se poursuit côté clinique (examen, échographie, dosages hormonaux) pour en rechercher la cause et proposer, quand c’est possible, une prise en charge adaptée.
Questions fréquentes
Un spermogramme anormal signifie-t-il que je suis stérile ?
Combien de temps d’abstinence avant un spermogramme ?
Quelle différence entre spermogramme et spermocytogramme ?
Faut-il refaire l’examen si le résultat est mauvais ?
La fragmentation de l’ADN est-elle mesurée en routine ?
- OMS. WHO laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6ᵉ édition (2021).
- Björndahl L., Kirkman-Brown J. The sixth edition of the WHO Laboratory Manual: ensuring quality and standardization in basic examination of human ejaculates. Fertility and Sterility, 2022. → DOI.
- ISO 23162:2021 — Basic semen examination — Specification and test methods. Organisation internationale de normalisation.
- Haute Autorité de Santé. Recommandations sur le bilan d’infertilité du couple.



