Le transfert d’embryon : geste, déroulement et recommandations

Le transfert d’embryon est l’étape finale et décisive d’une fécondation in vitro : le moment où l’embryon obtenu au laboratoire est déposé dans l’utérus. Geste bref et généralement indolore, le transfert d’embryon n’en obéit pas moins à des règles techniques précises qui influencent directement les chances de grossesse. Cet article détaille le déroulement du transfert d’embryon, les choix clés (nombre d’embryons, stade, guidage) et les recommandations qui suivent, en s’appuyant sur les revues Cochrane et les recommandations de l’ASRM, de l’ESHRE et du NICE.

Sommaire

Qu’est-ce que le transfert d’embryon ?

Le transfert d’embryon consiste à déposer un (ou parfois deux) embryon(s) dans la cavité utérine à l’aide d’un fin cathéter souple introduit par le col. Il intervient soit quelques jours après la ponction ovocytaire (transfert « frais »), soit lors d’un cycle ultérieur après décongélation (transfert d’embryon congelé).

Le geste ne nécessite habituellement ni anesthésie ni hospitalisation. Il dure quelques minutes et ressemble, du point de vue de la patiente, à un frottis un peu plus long. La réussite du transfert d’embryon dépend ensuite de la rencontre entre la qualité de l’embryon et la réceptivité de l’endomètre.

Le geste, étape par étape

1. La préparation

La patiente est installée en position gynécologique. Une vessie partiellement pleine est souvent demandée : elle améliore la visualisation échographique par voie abdominale et redresse l’angle de l’utérus, facilitant le passage du cathéter.

2. La mise en place du spéculum

Le médecin place un spéculum pour visualiser le col, qu’il nettoie délicatement avec du milieu de culture ou du sérum. L’élimination de l’excès de glaire cervicale peut améliorer le dépôt de l’embryon.

3. Le chargement de l’embryon

À l’abri, l’embryologiste aspire l’embryon dans une fine goutte de milieu au sein du cathéter, après vérification de l’identité de la patiente. Le cathéter est remis immédiatement au médecin.

4. Le dépôt

Sous contrôle échographique, le cathéter est glissé à travers le col jusque dans la cavité. L’embryon est déposé à l’endroit optimal, à environ 1 à 2 cm du fond utérin. Le cathéter est ensuite retiré et vérifié au microscope pour s’assurer qu’aucun embryon n’y est resté.

Le transfert d’embryon est un geste indolore dans la grande majorité des cas. En cas de col difficile d’accès, le médecin peut avoir recours à un cathéter spécifique ou à un transfert d’essai préalable.

Le guidage échographique : pourquoi il change tout

Longtemps, le transfert d’embryon se faisait « à l’aveugle », au toucher (clinical touch). Les données ont depuis tranché en faveur du guidage échographique.

Une revue Cochrane de 2016 (Brown et al., 21 essais randomisés, plus de 6 200 femmes) a montré que le transfert écho-guidé augmente le taux de grossesse clinique (odds ratio 1,31) et améliore le taux de naissances vivantes par rapport au toucher, sans augmenter les risques de fausse couche, de grossesse extra-utérine ou multiple. Concrètement, pour une chance de naissance de 23 % au toucher, l’échographie la porte à environ 28–33 %.

Le guidage échographique du transfert d’embryon est aujourd’hui recommandé par le NICE (Royaume-Uni) et l’ASRM, et utilisé dans la grande majorité des centres. Il permet de déposer l’embryon exactement au bon endroit.

Un ou deux embryons ? Le transfert monoembryonnaire

Transférer deux embryons augmente légèrement la chance de grossesse par tentative, mais fait surtout exploser le risque de grossesse gémellaire, qui expose la mère et les enfants à davantage de complications (prématurité, hypotrophie, hypertension).

C’est pourquoi les sociétés savantes recommandent le transfert monoembryonnaire sélectif (SET) chez les bonnes candidates : on transfère un seul embryon de bonne qualité, et l’on congèle les autres pour des transferts ultérieurs. La stratégie vise le meilleur compromis entre chances de grossesse et sécurité. Le nombre d’embryons transférés se décide au cas par cas, selon l’âge, la qualité embryonnaire et les antécédents.

J3 ou J5 ? Le stade du transfert

Le transfert d’embryon peut avoir lieu à différents stades de développement :

Stade Jour Particularités
ClivageJ2-J3Embryon de 4 à 8 cellules. Transfert plus précoce.
BlastocysteJ5-J6Stade plus avancé, permettant une meilleure sélection embryonnaire.

D’après les revues Cochrane, le transfert au stade blastocyste (J5) s’accompagne d’une légère amélioration du taux de naissances vivantes par rapport au stade clivage, en permettant de mieux repérer les embryons les plus évolutifs. Toutefois, tous les embryons n’atteignent pas ce stade : le choix dépend du nombre et de la qualité des embryons disponibles, et se discute avec le laboratoire.

Les détails techniques qui comptent

  • Un cathéter souple plutôt que rigide : il traumatise moins l’endomètre et améliore les taux de grossesse.
  • Un geste atraumatique : la présence de sang sur le cathéter ou un transfert difficile réduisent les chances de succès.
  • Le placement optimal : à 1–2 cm du fond utérin, dans la partie moyenne de la cavité.
  • Le transfert d’essai (« mock transfer ») : repérer à l’avance le trajet du col peut faciliter le geste réel.
  • L’expérience de l’opérateur : un facteur reconnu de réussite du transfert d’embryon.

Les recommandations après le transfert

Une fois le transfert d’embryon réalisé, quelques principes simples font consensus, à rebours de nombreuses idées reçues :

  • Reprendre une activité normale : le repos strict au lit n’améliore pas les résultats et pourrait même les diminuer. Nul besoin de s’aliter.
  • Poursuivre la progestérone prescrite (soutien lutéal), sans jamais modifier ni arrêter les doses de soi-même.
  • Éviter le tabac et l’alcool et adopter une hygiène de vie équilibrée.
  • Éviter les efforts très intenses et les bains chauds prolongés, sans pour autant se sur-restreindre.
  • Attendre le test sanguin (dosage des β-hCG), réalisé une dizaine de jours après le transfert, plutôt que de multiplier les tests urinaires précoces.
Il est normal de ressentir de l’anxiété pendant la période d’attente. Se culpabiliser d’un « faux mouvement » n’a pas lieu d’être : l’embryon ne peut pas « tomber », l’utérus étant une cavité aux parois accolées.

Questions fréquentes

Le transfert d’embryon fait-il mal ?
Non, le transfert d’embryon est généralement indolore et ne nécessite pas d’anesthésie. Il ressemble à un frottis un peu plus long. Un léger inconfort lié au spéculum ou à la vessie pleine est possible.
Combien d’embryons transférer ?
Chez les bonnes candidates, le transfert d’un seul embryon (monoembryonnaire sélectif) est recommandé pour éviter les grossesses gémellaires et leurs complications. Le nombre se décide au cas par cas avec l’équipe médicale.
Faut-il rester allongée après le transfert ?
Non. Les études montrent que le repos strict n’améliore pas les taux de grossesse. La reprise immédiate d’une activité normale est recommandée après le transfert d’embryon.
Vaut-il mieux transférer à J3 ou à J5 ?
Le transfert au stade blastocyste (J5) permet une meilleure sélection et offre un léger avantage sur les naissances vivantes. Mais tous les embryons n’atteignent pas J5 : le choix dépend du nombre et de la qualité des embryons, en accord avec le laboratoire.
Quand faire le test de grossesse après le transfert ?
Le dosage sanguin des β-hCG est généralement réalisé une dizaine de jours après le transfert. Les tests urinaires plus précoces exposent à des faux négatifs ou à des résultats trompeurs.

Sources scientifiques et institutionnelles

  1. Brown J. et al. Ultrasound versus ‘clinical touch’ for catheter guidance during embryo transfer in women. Cochrane Database Syst Rev, 2016;CD006107. → Cochrane
  2. American Society for Reproductive Medicine (ASRM). Performing the embryo transfer: a guideline, 2017. → asrm.org
  3. ESHRE Working Group. Evidence and consensus on technical aspects of embryo transfer. Human Reproduction Open, 2022. → Human Reproduction Open
  4. Abou-Setta A.M. et al. Soft versus firm embryo transfer catheters for assisted reproduction. Hum Reprod, 2005. → PubMed
  5. Craciunas L., Tsampras N. Bed rest following embryo transfer might negatively affect the outcome of IVF/ICSI. Hum Fertil, 2016. → PubMed
  6. Agence de la biomédecine. Assistance médicale à la procréation. → agence-biomedecine.fr

Dernière mise à jour : juillet 2026. Article actualisé dès la publication de nouvelles données officielles.