Spermocytogramme : tout savoir sur cet examen du bilan spermatique

≥ 4 %
Seuil normal OMS 2021 (critères Kruger)
4 classes
Anomalies analysées (H, M, P, C)
> 15 %
Seuil de pronostic optimal (Menkveld)
100–200
Spermatozoïdes observés par analyse

Le spermocytogramme est l’examen qui analyse la morphologie des spermatozoïdes — c’est-à-dire leur forme. Il constitue l’un des éléments majeurs du bilan spermatique de première intention, aux côtés de la concentration et de la mobilité. Son principe : un biologiste examine au microscope des spermatozoïdes fixés et colorés sur lame, et classe chacun d’eux comme « typique » (normal) ou « atypique » (anormal) selon des critères très précis. Le résultat, exprimé en pourcentage de formes typiques, a une valeur pronostique réelle pour la fertilité naturelle et oriente le choix de la technique d’AMP.

Qu’est-ce que le spermocytogramme ?

Le spermocytogramme — également appelé analyse morphologique des spermatozoïdes — est la partie du spermogramme qui s’intéresse à la forme des cellules. Il ne mesure pas leur nombre (c’est la numération) ni leur mouvement (c’est la mobilité), mais leur architecture : tête, pièce intermédiaire, flagelle et éventuels résidus cytoplasmiques.

Un point essentiel à comprendre : les paramètres spermatiques sont naturellement variables dans le temps. Des résultats différents d’un examen à l’autre, espacés de quelques semaines ou mois, sont fréquents — liés à l’état de santé, au stress, à la fièvre récente, ou simplement aux variations biologiques normales de la spermatogenèse. C’est pourquoi un bilan spermatique complet repose sur au moins deux spermogrammes espacés de 3 mois avant de conclure.

Comment se déroule l’analyse ?

L’analyse s’effectue sur un frottis de sperme fixé et coloré sur lame de verre, examiné au grossissement ×1000 sous microscope optique à immersion. Les colorations les plus utilisées sont la coloration de Papanicolaou modifiée, la coloration de Shorr, ou des colorants rapides de type Diff-Quik. Le biologiste examine 100 à 200 spermatozoïdes et classe chacun d’eux, anomalie par anomalie, dans l’une ou plusieurs des 4 grandes classes définies par la classification internationale.

La même coloration permet de rechercher et compter les leucocytes présents dans l’éjaculat (leucospermie), ce qui oriente vers une éventuelle infection à explorer par spermoculture. L’examen morphologique est donc à la fois un outil d’évaluation de la fertilité masculine et un indicateur indirect d’infection.

Les 4 classes d’anomalies analysées (classification Kruger / OMS)

Selon les critères stricts de Kruger, adoptés par l’OMS depuis 2010 et confirmés dans la 6ème édition du manuel (2021), les anomalies sont réparties en 4 classes selon la partie du spermatozoïde concernée. La règle est simple et implacable : la présence d’une seule anomalie dans n’importe quelle classe suffit à classer le spermatozoïde comme « atypique ».

Les 4 classes d’anomalies du spermocytogramme (critères Kruger / OMS)
Un seul défaut dans l’une des 4 classes suffit à classer un spermatozoïde comme « atypique »
Structure
H — Tête
M — Pièce interm.
P — Flagelle
C — R. Cytopl.
H — Anomalies de la tête (Head defects)
Les plus fréquentes et les plus impactantes. Concernent la forme, la taille et la structure de l’acrosome.
Tête allongée Tête piriforme Microcéphale Forme amorphe Tête vacuolée Acrosome réduit <40 %
M — Anomalies de la pièce intermédiaire (Neck / Midpiece)
Zone de connexion entre la tête et le flagelle. Contient les mitochondries qui fournissent l’énergie.
Base courbée Insertion asymétrique Pièce épaisse Pièce grêle
P — Anomalies du flagelle (Principal piece)
Moteur de la mobilité. Un flagelle anormal compromet directement la progression du spermatozoïde.
Flagelle court Flagelle angulé Flagelle enroulé Double flagelle
C — Reste cytoplasmique (Excess residual cytoplasm)
Résidu de cytoplasme autour de la pièce intermédiaire, supérieur à 1/3 de la taille de la tête. Signe de spermatogenèse incomplète ou pathologique.
Gouttelette cytoplasmique > ⅓ de la tête
⚠️ La règle du « tout ou rien » de Kruger : un spermatozoïde est typique uniquement s’il n’a aucune anomalie dans aucune des 4 classes. La présence d’une seule anomalie dans une seule classe — même minime — le rend atypique. C’est pourquoi le seuil de 4 % peut sembler très bas : il suffit d’un détail pour « éliminer » un spermatozoïde.
Sources : WHO (2021, 6ème éd.) · fivfrance.com · Kruger & Menkveld · PMA Franche-Comté

Kruger ou David modifiée : comprendre les deux classifications

C’est souvent là que commence la confusion lors de la lecture d’un compte-rendu. Il existe deux classifications principales pour le spermocytogramme, avec des seuils de normalité très différents. La classification de Kruger (critères stricts) est recommandée par l’OMS et adoptée internationalement ; la classification de David modifiée reste encore utilisée dans de nombreux laboratoires français. Elles ne sont pas interchangeables.

Classifications et pronostic de fertilité
Kruger vs David modifiée — et ce que le pourcentage de formes typiques prédit pour la grossesse
⚖️ Kruger vs David modifiée
📊 Pronostic de fertilité (Menkveld)
🌍 Critères stricts de Kruger
Recommandés par l’OMS (2010 → 2021)
  • 4 classes d’anomalies (H, M, P, C)
  • Règle stricte : 1 anomalie = atypique
  • Formes « limite » classées atypiques
  • Seuil normal : ≥ 4 % typiques
  • Recommandé universellement
  • Meilleure valeur pronostique FIV
Adopté progressivement en France depuis 2010
🇫🇷 Classification de David modifiée
Tradition française — encore utilisée
  • 13 anomalies détaillées recensées
  • Calcul de l’IAM (Index d’Anomalies Multiples)
  • Formes « limite » parfois classées normales
  • Seuil normal : ≥ 20–30 % typiques
  • Meilleure description phénotypique
  • Utile pour pathologies spécifiques
23 % (David modifié) ≈ 4 % (Kruger) — seuils équivalents
⚠️ Toujours vérifier quelle classification est utilisée sur le compte-rendu de votre laboratoire avant d’interpréter les résultats. Un taux de « 6 % de formes typiques » est normal selon Kruger et très bas selon David modifiée. La comparaison entre deux spermocytogrammes n’est valide que s’ils ont été réalisés avec la même classification.
< 4 %
«Infertile»
Grossesse naturelle : rare — ICSI recommandée
5–15 %
«Subfertile»
Grossesse naturelle : réduite — FIV ou ICSI selon valeur
> 15 %
«Fertile» — pronostic optimal
Conception naturelle : potentiel optimal
ℹ️ Ces classes (Menkveld, Tygerberg Hospital) concernent uniquement la morphologie. Les autres paramètres — concentration, mobilité — peuvent réduire ou majorer ces probabilités. Un homme « infertile » selon ce seul critère peut avoir une grossesse naturelle si ses autres paramètres sont très bons. Et un homme « fertile » peut avoir besoin d’AMP si la mobilité est très faible.

En cas de catégorie « subfertile », la décision entre FIV classique et ICSI dépend de la valeur exacte dans la fourchette 5–15 % et des autres paramètres spermatiques.
Sources : Kruger & Menkveld (1996, 2001) · WHO (2021) · CECOS Cochin · fiv.fr · cesarfertility.com (2025)

Comment interpréter son résultat de spermocytogramme ?

La première règle : toujours vérifier quelle classification a été utilisée sur le compte-rendu. Sans cette information, le chiffre brut est impossible à interpréter correctement. Une fois la classification identifiée, voici les seuils à retenir.

Classification Seuil normal En dessous = tératozoospermie
Kruger (OMS 2021) ✓ ≥ 4 % typiques < 4 %
David modifiée (France) ≥ 20–30 % typiques < 20 %

Il est important de comprendre que le seuil de 4 % de Kruger peut sembler très bas — mais il reflète la réalité biologique : dans la population générale des hommes fertiles, la grande majorité des spermatozoïdes sont morphologiquement atypiques. Ce qui compte, c’est le potentiel fécondant de la minorité de spermatozoïdes normaux. Les études de Menkveld et Kruger ont montré qu’un taux supérieur à 15 % de spermatozoïdes typiques est associé au meilleur pronostic de fertilité naturelle et en FIV.

Il faut également garder à l’esprit que la morphologie varie significativement dans le temps, même chez un homme fertile. Une fièvre récente (3 mois avant), un épisode de stress intense, une période de grande fatigue ou une exposition à la chaleur peuvent temporairement dégrader les paramètres morphologiques. Un seul résultat anormal ne suffit pas à conclure — deux examens espacés de 3 mois (durée d’un cycle de spermatogenèse) sont nécessaires.

Tératozoospermie et AMP : quelle technique proposer ?

La tératozoospermie — définie par moins de 4 % de spermatozoïdes de morphologie typique selon Kruger — ne condamne pas à l’infertilité, mais oriente le choix de la technique d’assistance médicale à la procréation. Selon la valeur exacte et les autres paramètres du spermogramme, deux stratégies sont possibles.

Formes typiques < 4 % (catégorie « infertile »)
FIV avec ICSI proposée d’emblée. La FIV classique a peu de chances de succès car la fécondation spontanée nécessite un spermatozoïde morphologiquement compétent pour pénétrer dans l’ovocyte. L’ICSI contourne ce problème en injectant directement un spermatozoïde sélectionné.
Formes typiques 5–15 % (catégorie « subfertile »)
Selon la valeur exacte et les autres paramètres :
— Dans les valeurs hautes (10–15 %) : FIV classique en première intention possible
— Dans les valeurs basses (5–9 %) : ICSI souvent préférée, surtout si mobilité réduite
— En l’absence de grossesse naturelle : FIV ou ICSI selon évaluation globale du couple
Formes typiques > 15 % (catégorie « fertile »)
Potentiel optimal de grossesse naturelle. En cas d’infertilité du couple, les autres paramètres (concentration, mobilité, bilan féminin) doivent être investigués. FIV classique en première intention si AMP indiquée.

Il est essentiel de rappeler que la morphologie seule ne détermine pas le choix technique. Les autres paramètres spermatiques (concentration, mobilité progressive, test de migration-survie) et le bilan de la partenaire (réserve ovarienne, âge, perméabilité tubaire) modifient la décision finale. L’équipe médicale évalue l’ensemble du dossier du couple avant de recommander une stratégie.

L’indice TZI (Teratozoospermia Index)

En parallèle du pourcentage de formes typiques, certains laboratoires calculent l’indice TZI (Teratozoospermia Index), proposé par Menkveld et Kruger. Il se calcule en divisant le nombre total d’anomalies (en comptant au maximum une anomalie par classe et par spermatozoïde) par le nombre total de spermatozoïdes atypiques observés.

📐 Comment se calcule le TZI ?

TZI = (Nbre total anomalies H + M + P + C) ÷ (Nbre de spermatozoïdes atypiques)

Le TZI varie de 1 (une seule anomalie par spermatozoïde — bon pronostic) à 4 (toutes les classes d’anomalies présentes sur chaque spermatozoïde — mauvais pronostic). Les valeurs de référence proposées dans la littérature sont TZI < 1,64 à 1,72 (selon les études). L’OMS 2021 considère le TZI comme un paramètre optionnel.

Le spermocytogramme permet également de détecter des formes particulières de tératozoospermie dites « monomorphes » — où la quasi-totalité des spermatozoïdes présentent la même anomalie spécifique. Ces formes rares ont souvent une origine génétique et une signification pronostique particulière. Les principales sont la globozoospermie (têtes rondes sans acrosome, cause d’infertilité quasi absolue en FIV classique, nécessitant l’ICSI avec activation ovocytaire), la macrozoospermie (têtes géantes multiflagellées), et le syndrome des flagelles courts et immobiles (MMAF). Ces anomalies orientent vers un bilan génétique spécifique.

Questions fréquentes sur le spermocytogramme

Mon résultat indique 5 % de formes typiques — est-ce normal ?

Selon les critères Kruger (OMS 2021), le seuil de normalité est ≥ 4 %. Un résultat de 5 % est donc dans la norme, mais dans la catégorie « subfertile » selon la classification pronostique de Menkveld (5–15 %). Cela signifie que le potentiel de grossesse naturelle est réduit mais pas absent, et que selon vos autres paramètres spermatiques et le bilan de votre partenaire, une FIV classique peut être envisagée en première intention. Vérifiez d’abord que votre laboratoire utilise bien les critères Kruger — avec David modifiée, le seuil normal est autour de 20 %.

Peut-on améliorer le pourcentage de formes typiques ?

Dans une certaine mesure, oui. La morphologie spermatique peut s’améliorer en corrigeant les facteurs modifiables : arrêt du tabac (3 mois minimum), réduction de l’alcool, normalisation du poids, éviction de la chaleur scrotale (sauna, bain chaud, ordinateur sur les genoux), traitement d’une infection génitale (spermoculture), supplémentation en antioxydants (zinc, sélénium, coenzyme Q10, vitamines C et E). Les effets sont visibles après un cycle complet de spermatogenèse — soit environ 74 jours. Une tératozoospermie sévère liée à une cause génétique ne sera pas améliorée par ces mesures.

Pourquoi les résultats sont-ils différents selon les laboratoires ?

Plusieurs raisons expliquent ces variations : (1) La classification utilisée — Kruger ou David modifiée — donne des seuils très différents. (2) L’expérience et la formation du biologiste : l’analyse morphologique est un examen subjectif, sensible à l’opérateur. Deux biologistes peuvent obtenir des résultats légèrement différents sur le même frottis. (3) Les variations biologiques naturelles de la spermatogenèse. Pour ces raisons, les comparaisons entre résultats de laboratoires différents ou de périodes distantes doivent être interprétées avec prudence.

Qu’est-ce que la tératozoospermie monomorphe ?

La tératozoospermie monomorphe est une forme sévère et spécifique où quasiment tous les spermatozoïdes présentent la même anomalie caractéristique. La globozoospermie (têtes rondes sans acrosome) est la forme la plus connue — elle rend la fécondation in vitro classique impossible mais l’ICSI avec activation ovocytaire chimique peut permettre d’obtenir des embryons. La macrozoospermie (têtes géantes, plusieurs flagelles) a généralement une origine génétique (mutation AURKC) et un pronostic très défavorable. Ces formes nécessitent une consultation de génétique.

Le spermocytogramme est-il inclus dans le spermogramme ?

Oui. Le spermocytogramme fait partie intégrante du spermogramme standard. Le compte-rendu comprend généralement : le volume de l’éjaculat, le pH, la concentration en spermatozoïdes, la mobilité (progressive et totale), la vitalité, et le pourcentage de formes typiques (spermocytogramme). La spermoculture est prescrite en parallèle si une infection est suspectée (leucospermie). Le test de migration-survie (TMS) peut être ajouté pour évaluer la capacité fonctionnelle des spermatozoïdes avant une AMP.

Sources

📚 Sources et références

  1. WHO (2021). Laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6th edition. → who.int
  2. Kruger T.F. et al. (1987). Sperm morphologic features as a prognostic factor in in vitro fertilization. Fertility and Sterility, 46(6), 1118–1123.
  3. Menkveld R. & Kruger T.F. (1996). Evaluation of sperm morphology by light microscopy. In Kruger et coll., Atlas of Human Sperm Morphology Evaluation.
  4. PMA Franche-Comté (2024). Spermocytogramme : analyse morphologique par Kruger. → pma-fc.fr
  5. Auger J., Jouannet P., Eustache F. (2016). Another look at human sperm morphology. Human Reproduction, 31(1), 10–23. → PubMed
  6. CesarFertility (2025). Tératozoospermie : ce qu’il faut savoir. → cesarfertility.com