Le spermocytogramme est l’examen qui analyse la morphologie des spermatozoïdes — c’est-à-dire leur forme. Il constitue l’un des éléments majeurs du bilan spermatique de première intention, aux côtés de la concentration et de la mobilité. Son principe : un biologiste examine au microscope des spermatozoïdes fixés et colorés sur lame, et classe chacun d’eux comme « typique » (normal) ou « atypique » (anormal) selon des critères très précis. Le résultat, exprimé en pourcentage de formes typiques, a une valeur pronostique réelle pour la fertilité naturelle et oriente le choix de la technique d’AMP.
Qu’est-ce que le spermocytogramme ?
Le spermocytogramme — également appelé analyse morphologique des spermatozoïdes — est la partie du spermogramme qui s’intéresse à la forme des cellules. Il ne mesure pas leur nombre (c’est la numération) ni leur mouvement (c’est la mobilité), mais leur architecture : tête, pièce intermédiaire, flagelle et éventuels résidus cytoplasmiques.
Un point essentiel à comprendre : les paramètres spermatiques sont naturellement variables dans le temps. Des résultats différents d’un examen à l’autre, espacés de quelques semaines ou mois, sont fréquents — liés à l’état de santé, au stress, à la fièvre récente, ou simplement aux variations biologiques normales de la spermatogenèse. C’est pourquoi un bilan spermatique complet repose sur au moins deux spermogrammes espacés de 3 mois avant de conclure.
Comment se déroule l’analyse ?
L’analyse s’effectue sur un frottis de sperme fixé et coloré sur lame de verre, examiné au grossissement ×1000 sous microscope optique à immersion. Les colorations les plus utilisées sont la coloration de Papanicolaou modifiée, la coloration de Shorr, ou des colorants rapides de type Diff-Quik. Le biologiste examine 100 à 200 spermatozoïdes et classe chacun d’eux, anomalie par anomalie, dans l’une ou plusieurs des 4 grandes classes définies par la classification internationale.
La même coloration permet de rechercher et compter les leucocytes présents dans l’éjaculat (leucospermie), ce qui oriente vers une éventuelle infection à explorer par spermoculture. L’examen morphologique est donc à la fois un outil d’évaluation de la fertilité masculine et un indicateur indirect d’infection.
Les 4 classes d’anomalies analysées (classification Kruger / OMS)
Selon les critères stricts de Kruger, adoptés par l’OMS depuis 2010 et confirmés dans la 6ème édition du manuel (2021), les anomalies sont réparties en 4 classes selon la partie du spermatozoïde concernée. La règle est simple et implacable : la présence d’une seule anomalie dans n’importe quelle classe suffit à classer le spermatozoïde comme « atypique ».
Kruger ou David modifiée : comprendre les deux classifications
C’est souvent là que commence la confusion lors de la lecture d’un compte-rendu. Il existe deux classifications principales pour le spermocytogramme, avec des seuils de normalité très différents. La classification de Kruger (critères stricts) est recommandée par l’OMS et adoptée internationalement ; la classification de David modifiée reste encore utilisée dans de nombreux laboratoires français. Elles ne sont pas interchangeables.
Recommandés par l’OMS (2010 → 2021)
- 4 classes d’anomalies (H, M, P, C)
- Règle stricte : 1 anomalie = atypique
- Formes « limite » classées atypiques
- Seuil normal : ≥ 4 % typiques
- Recommandé universellement
- Meilleure valeur pronostique FIV
Tradition française — encore utilisée
- 13 anomalies détaillées recensées
- Calcul de l’IAM (Index d’Anomalies Multiples)
- Formes « limite » parfois classées normales
- Seuil normal : ≥ 20–30 % typiques
- Meilleure description phénotypique
- Utile pour pathologies spécifiques
En cas de catégorie « subfertile », la décision entre FIV classique et ICSI dépend de la valeur exacte dans la fourchette 5–15 % et des autres paramètres spermatiques.
Comment interpréter son résultat de spermocytogramme ?
La première règle : toujours vérifier quelle classification a été utilisée sur le compte-rendu. Sans cette information, le chiffre brut est impossible à interpréter correctement. Une fois la classification identifiée, voici les seuils à retenir.
| Classification | Seuil normal | En dessous = tératozoospermie |
|---|---|---|
| Kruger (OMS 2021) ✓ | ≥ 4 % typiques | < 4 % |
| David modifiée (France) | ≥ 20–30 % typiques | < 20 % |
Il est important de comprendre que le seuil de 4 % de Kruger peut sembler très bas — mais il reflète la réalité biologique : dans la population générale des hommes fertiles, la grande majorité des spermatozoïdes sont morphologiquement atypiques. Ce qui compte, c’est le potentiel fécondant de la minorité de spermatozoïdes normaux. Les études de Menkveld et Kruger ont montré qu’un taux supérieur à 15 % de spermatozoïdes typiques est associé au meilleur pronostic de fertilité naturelle et en FIV.
Il faut également garder à l’esprit que la morphologie varie significativement dans le temps, même chez un homme fertile. Une fièvre récente (3 mois avant), un épisode de stress intense, une période de grande fatigue ou une exposition à la chaleur peuvent temporairement dégrader les paramètres morphologiques. Un seul résultat anormal ne suffit pas à conclure — deux examens espacés de 3 mois (durée d’un cycle de spermatogenèse) sont nécessaires.
Tératozoospermie et AMP : quelle technique proposer ?
La tératozoospermie — définie par moins de 4 % de spermatozoïdes de morphologie typique selon Kruger — ne condamne pas à l’infertilité, mais oriente le choix de la technique d’assistance médicale à la procréation. Selon la valeur exacte et les autres paramètres du spermogramme, deux stratégies sont possibles.
FIV avec ICSI proposée d’emblée. La FIV classique a peu de chances de succès car la fécondation spontanée nécessite un spermatozoïde morphologiquement compétent pour pénétrer dans l’ovocyte. L’ICSI contourne ce problème en injectant directement un spermatozoïde sélectionné.
Selon la valeur exacte et les autres paramètres :
— Dans les valeurs hautes (10–15 %) : FIV classique en première intention possible
— Dans les valeurs basses (5–9 %) : ICSI souvent préférée, surtout si mobilité réduite
— En l’absence de grossesse naturelle : FIV ou ICSI selon évaluation globale du couple
Potentiel optimal de grossesse naturelle. En cas d’infertilité du couple, les autres paramètres (concentration, mobilité, bilan féminin) doivent être investigués. FIV classique en première intention si AMP indiquée.
Il est essentiel de rappeler que la morphologie seule ne détermine pas le choix technique. Les autres paramètres spermatiques (concentration, mobilité progressive, test de migration-survie) et le bilan de la partenaire (réserve ovarienne, âge, perméabilité tubaire) modifient la décision finale. L’équipe médicale évalue l’ensemble du dossier du couple avant de recommander une stratégie.
L’indice TZI (Teratozoospermia Index)
En parallèle du pourcentage de formes typiques, certains laboratoires calculent l’indice TZI (Teratozoospermia Index), proposé par Menkveld et Kruger. Il se calcule en divisant le nombre total d’anomalies (en comptant au maximum une anomalie par classe et par spermatozoïde) par le nombre total de spermatozoïdes atypiques observés.
📐 Comment se calcule le TZI ?
Le TZI varie de 1 (une seule anomalie par spermatozoïde — bon pronostic) à 4 (toutes les classes d’anomalies présentes sur chaque spermatozoïde — mauvais pronostic). Les valeurs de référence proposées dans la littérature sont TZI < 1,64 à 1,72 (selon les études). L’OMS 2021 considère le TZI comme un paramètre optionnel.
Le spermocytogramme permet également de détecter des formes particulières de tératozoospermie dites « monomorphes » — où la quasi-totalité des spermatozoïdes présentent la même anomalie spécifique. Ces formes rares ont souvent une origine génétique et une signification pronostique particulière. Les principales sont la globozoospermie (têtes rondes sans acrosome, cause d’infertilité quasi absolue en FIV classique, nécessitant l’ICSI avec activation ovocytaire), la macrozoospermie (têtes géantes multiflagellées), et le syndrome des flagelles courts et immobiles (MMAF). Ces anomalies orientent vers un bilan génétique spécifique.
Questions fréquentes sur le spermocytogramme
Mon résultat indique 5 % de formes typiques — est-ce normal ?
Peut-on améliorer le pourcentage de formes typiques ?
Pourquoi les résultats sont-ils différents selon les laboratoires ?
Qu’est-ce que la tératozoospermie monomorphe ?
Le spermocytogramme est-il inclus dans le spermogramme ?
Sources
📚 Sources et références
- WHO (2021). Laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6th edition. → who.int
- Kruger T.F. et al. (1987). Sperm morphologic features as a prognostic factor in in vitro fertilization. Fertility and Sterility, 46(6), 1118–1123.
- Menkveld R. & Kruger T.F. (1996). Evaluation of sperm morphology by light microscopy. In Kruger et coll., Atlas of Human Sperm Morphology Evaluation.
- PMA Franche-Comté (2024). Spermocytogramme : analyse morphologique par Kruger. → pma-fc.fr
- Auger J., Jouannet P., Eustache F. (2016). Another look at human sperm morphology. Human Reproduction, 31(1), 10–23. → PubMed
- CesarFertility (2025). Tératozoospermie : ce qu’il faut savoir. → cesarfertility.com



