La spermoculture : intérêt, indications et interprétation

20–25 %
Des infertilités masculines liées aux infections génitales
40 %
Des urétrites et épididymites : Chlamydia asymptomatique
80 %
Des spermocultures négatives en laboratoire spécialisé
20 %
Des patients infertiles avec leucospermie significative

La spermoculture est un examen bactériologique du sperme : elle consiste à mettre en culture l’éjaculat pour y rechercher des germes pathogènes. Moins connue que le spermogramme, elle est pourtant indispensable dans certaines situations — notamment avant une FIV, mais aussi dès qu’une infection du tractus génital masculin est suspectée. Le problème majeur de ces infections : elles sont souvent totalement asymptomatiques, et ne se révèlent qu’au détour d’un bilan de fertilité.

Qu’est-ce que la spermoculture ?

La spermoculture — ou bactériospermie — est l’examen microbiologique de référence pour explorer une infection du tractus génital masculin. Elle consiste à mettre en culture l’éjaculat dans un laboratoire, à identifier les micro-organismes présents, à les quantifier en UFC/mL (Unités Formant Colonies par millilitre) et, le cas échéant, à réaliser un antibiogramme pour guider le traitement antibiotique.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le sperme est physiologiquement considéré comme un milieu stérile. La présence de bactéries en quantité significative est donc anormale et peut être à l’origine d’altérations de la qualité spermatique — directement ou via l’inflammation qu’elle déclenche. L’examen est complémentaire du spermogramme et de l’ECBU (examen cytobactériologique des urines), et fait souvent partie du bilan d’infertilité masculine.

Pourquoi les infections génitales nuisent à la fertilité masculine

Le lien entre infections génitales et infertilité masculine est bien établi : elles représentent 20 à 25 % des cas d’infertilité masculine. Mais le mécanisme est plus subtil qu’une simple « attaque » directe des spermatozoïdes. C’est surtout le stress oxydatif généré par la réponse inflammatoire qui est en cause.

Comment une infection génitale altère la fertilité masculine
Le mécanisme du stress oxydatif — des germes pathogènes aux dommages sur les spermatozoïdes
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Germes pathogènes dans le tractus génital
Chlamydia trachomatis, E. coli, Ureaplasma urealyticum, Mycoplasma hominis, Neisseria gonorrhoeae… Ces germes peuvent être asymptomatiques (40–50 % des cas) et ne se révéler qu’au spermogramme par une leucospermie.
Recrutement de leucocytes (polynucléaires + macrophages)
Le système immunitaire répond à l’infection en envoyant des globules blancs. La leucospermie est définie par une concentration ≥ 10⁶ leucocytes/mL selon l’OMS (certains auteurs abaissent ce seuil à 5×10⁵/mL). Elle touche 20 % des patients infertiles.
💥
Production de radicaux libres oxygénés (ROS / DAO)
Les leucocytes et les germes génèrent des dérivés actifs de l’oxygène (DAO). Le liquide séminal possède un pouvoir antioxydant naturel — mais il peut être dépassé. In vitro (FIV), ce pouvoir antioxydant est absent : les spermatozoïdes sont particulièrement vulnérables.
↓ Conséquences sur deux niveaux ↓
🏗️ Tractus génital
  • Lésions épithéliales de l’épididyme (irréversibles)
  • Lésions prostate et vésicules séminales (réversibles)
  • Fibroses, obstructions canalaires
  • Stases, nécrospermie
🧬 Spermatozoïdes
  • Fragmentation de l’ADN spermatique
  • Diminution de la réaction acrosomique
  • Réduction de la mobilité (asthénospermie)
  • Altérations membranaires
🛡️ Le pouvoir antioxydant du sperme est un bouclier limité. En conditions normales, le zinc, la vitamine C, la vitamine E et d’autres antioxydants du plasma séminal neutralisent les ROS. Mais en cas d’infection massive ou chronique, ce système est débordé — d’où l’importance de traiter même les infections asymptomatiques découvertes lors du bilan de fertilité.
Sources : EM-consulte · fivfrance.com · ScienceDirect · IVI France

Quand prescrire une spermoculture ?

La spermoculture n’est pas un examen de routine systématique dans tout bilan de fertilité — mais elle est indispensable dans un certain nombre de situations. L’interrogatoire médical est la première clé : des antécédents d’infections urinaires, d’urétrite, d’épididymite ou de prostatite — même anciens — doivent déclencher sa prescription.

🔬 Sur anomalie du spermogramme

  • Leucospermie élevée (≥ 5×10⁵/mL)
  • Asthénospermie inexpliquée
  • Nécrospermie
  • Augmentation des spermatozoïdes à flagelle enroulé
  • Térato-asthéno-nécro-zoospermie (OATS) inexpliquée

📋 Sur antécédents / contexte

  • Antécédents d’infections génitales (épididymite, prostatite, orchite)
  • Brûlures urinaires ou écoulement uréthral passés
  • Partenaire avec IST connue
  • Bilan IST préventif en parcours de don de sperme

🏥 Systématique avant AMP

Toujours réalisée avant une FIV / ICSI / IAC pour éviter la contamination des cultures embryonnaires in vitro. Une bactériospermie non détectée peut compromettre la tentative en cours en contaminant les milieux de culture et les embryons.

Comment se déroule l’examen ?

La qualité du résultat dépend entièrement de la qualité du recueil. Un prélèvement mal réalisé donne presque inévitablement une flore polymorphe sans valeur diagnostique — simplement parce que les bactéries cutanées et urinaires contaminent l’échantillon.

✅ Protocole de recueil pour une spermoculture fiable

  1. Abstinence sexuelle de 2 à 5 jours (identique à un spermogramme)
  2. Miction complète juste avant le recueil (pour nettoyer l’urètre)
  3. Lavage soigneux des mains et du gland au savon antiseptique
  4. Séchage avec compresses stériles
  5. Recueil dans un flacon stérile fourni par le laboratoire
  6. Acheminement au laboratoire dans l’heure (à température corporelle)

⚠️ Ne pas utiliser de préservatif pour le recueil — les lubrifiants et latex sont toxiques pour les bactéries et les spermatozoïdes.

L’examen comprend une mise en culture sur différents milieux adaptés aux germes recherchés, une identification bactériologique, un comptage en UFC/mL, et si nécessaire un antibiogramme. La recherche de Chlamydia trachomatis se fait par PCR sur prélèvement urinaire (premier jet) ou urétral — pas directement sur le sperme — car la sérologie est plus sensible que la culture pour ce germe. Les Mycoplasmes nécessitent des milieux de culture spéciaux et un seuil d’interprétation propre (≥ 10⁴ UFC/mL).

Comment interpréter les résultats d’une spermoculture ?

L’interprétation d’une spermoculture est plus complexe qu’un simple « positif / négatif ». Elle dépend du type de germe identifié, de sa concentration, et du contexte clinique. Voici un guide de lecture des 4 situations possibles.

Interpréter les résultats d’une spermoculture
Guide de lecture selon le type de germe et sa concentration (UFC/mL)
🚨
Germe sexuellement transmissible
Positif quelle que soit la concentration
Chlamydia trachomatis Neisseria gonorrhoeae
Traitement immédiat obligatoire. La sérologie des Chlamydia est préférée à la recherche directe (plus sensible). Traitement simultané des deux partenaires.
Pathogène certain — traiter systématiquement
⚠️
Germe monomorphe ou nettement dominant
Positif si ≥ 10³ UFC/mL — certain si ≥ 10⁵ UFC/mL
E. coli Entérobactéries Streptocoques Staphylocoques Gardnerella Mycoplasmes Levures Anaérobies
Antibiogramme réalisé pour adapter le traitement. Pour les Mycoplasmes (Ureaplasma urealyticum), le seuil de positivité est ≥ 10⁴ UFC/mL. Traitement des deux partenaires recommandé.
Probablement pathogène — antibiogramme + traitement
🔬
Flore commensale monomorphe
Positif si ≥ 10⁴ UFC/mL
Neisseria commensal Staphylocoques coagulase– Streptocoques viridans Corynébactéries
Probablement pathogène à forte concentration. Antibiogramme et traitement à discuter selon le contexte clinique (leucospermie associée, bilan AMP en cours).
Probablement pathogène à ≥ 10⁴ — à discuter
Flore polymicrobienne sans germe dominant
Plusieurs germes banaux sans prédominance
Évoque une contamination lors du recueil (flore cutanée, urinaire ou urétrale). La présence de plus de 3 espèces bactériennes différentes oriente vers une contamination. Un second prélèvement en conditions d’asepsie strictes est recommandé avant de conclure.
Contamination probable — contrôle souhaitable
🔑 Condition sine qua non : l’interprétation n’est valable que si le recueil a été fait dans des conditions d’asepsie strictes (hygiène des mains, nettoyage du méat urinaire). Un prélèvement mal conduit donne systématiquement une flore polymorphe sans valeur diagnostique.
Sources : fivfrance.com · ScienceDirect · dr-karazaitri-ma.net (2025) · WHO (2021)

Le traitement en cas de spermoculture positive

Le traitement vise deux objectifs distincts selon le contexte : stériliser le sperme en vue d’une AMP (1 mois de traitement suffit généralement) et améliorer la spermatogenèse à long terme (plusieurs mois peuvent être nécessaires). La règle fondamentale : traiter les deux partenaires simultanément, car la contamination croisée est systématique.

Germe Antibiotique de référence Remarque
Chlamydia trachomatis Doxycycline 200 mg/j × 21j
ou Azithromycine (dose unique)
Traitement des deux partenaires obligatoire
Ureaplasma / Mycoplasme Doxycycline ou Josamycine Antibiogramme indispensable (résistances)
E. coli / entérobactéries Selon antibiogramme (fluoroquinolones, triméthoprime…) Résistances aux antibiotiques en hausse
Streptocoques, staphylocoques Selon antibiogramme Discuter selon concentration et leucospermie associée

En complément de l’antibiothérapie, un traitement anti-inflammatoire est souvent associé pour réduire le stress oxydatif généré par la leucospermie. La prescription d’antioxydants (vitamine C, vitamine E, zinc, coenzyme Q10) peut être discutée pour protéger les spermatozoïdes des radicaux libres pendant la période de traitement. Les éjaculations fréquentes (au moins toutes les 48–72h) sont recommandées pour « drainer » le tractus génital et accélérer l’élimination des germes et des leucocytes.

⏱️ Surveillance après traitement

  • Spermogramme de contrôle 3 mois après la fin du traitement (durée d’un cycle de spermatogenèse)
  • Spermoculture de contrôle pour confirmer l’éradication avant AMP
  • Taux de récidive : environ 30 % — congélation du sperme stérilisé utile si AMP prévue
  • Penser aux infections hautes (prostate, vésicules séminales) en cas d’échec du traitement

La spermoculture en AMP : un enjeu de sécurité sanitaire

En AMP, la spermoculture revêt une importance particulière qui dépasse la simple question de fertilité. Une bactériospermie non détectée peut contaminer les milieux de culture embryonnaire et compromettre la tentative en cours — voire la rendre dangereuse pour la patiente. C’est pourquoi une spermoculture récente (moins de 6 mois) est systématiquement exigée avant toute tentative de FIV, ICSI ou IAC.

En cas de spermoculture positive au moment prévu de la tentative, celle-ci est reportée jusqu’à l’obtention d’une culture négative sur au moins deux prélèvements successifs. Ce délai, vécu comme une contrainte, est en réalité une protection : les bactéries présentes dans le sperme altèrent non seulement les embryons en culture mais peuvent également être transmises à la partenaire lors de l’insémination ou du transfert.

Questions fréquentes sur la spermoculture

Une spermoculture positive signifie-t-elle que je suis infertile ?

Pas nécessairement. Une spermoculture positive indique la présence de bactéries dans le sperme, ce qui peut altérer la qualité spermatique — mais ce n’est pas une fatalité. L’impact dépend du germe, de sa concentration et du terrain de base. Un homme avec un excellent spermogramme de base sera moins affecté par une bactériospermie qu’un homme ayant déjà une spermatogenèse modeste. Dans de nombreux cas, le traitement antibiotique permet d’améliorer significativement les paramètres spermatiques.

Pourquoi ma partenaire doit-elle aussi être traitée ?

Parce que la contamination croisée est quasi systématique lors des rapports sexuels. Si seul l’homme est traité et que sa partenaire est porteuse du germe (souvent de façon asymptomatique), il sera re-contaminé rapidement. Certains germes comme Chlamydia trachomatis ou les Mycoplasmes peuvent également provoquer des complications gynécologiques chez la femme (salpingite, atteinte des trompes) si non traités. Le traitement simultané des deux partenaires est donc indispensable.

Qu’est-ce que la leucospermie et est-elle toujours liée à une infection ?

La leucospermie est la présence anormalement élevée de leucocytes (globules blancs) dans le sperme, définie par une concentration ≥ 10⁶/mL selon l’OMS. Elle peut être liée à une infection bactérienne — mais pas toujours. D’autres causes existent : processus inflammatoire sans infection (lithiase prostatique, séquelles d’infection ancienne), abstinence sexuelle prolongée, ou état idiopathique sans cause identifiable. La spermoculture est l’examen qui permet de faire la distinction entre leucospermie infectieuse et non infectieuse.

Combien de temps après le traitement peut-on relancer la FIV ?

Au minimum 1 mois après la fin du traitement antibiotique, et sous réserve d’obtenir une spermoculture de contrôle négative. Pour améliorer les paramètres spermatiques (pas seulement stériliser le sperme), il peut être bénéfique d’attendre 3 mois — durée d’un cycle complet de spermatogenèse — avant de relancer la tentative. La décision est prise en concertation avec l’équipe d’AMP.

Ma spermoculture est revenue « flore polymorphe » : que cela signifie-t-il ?

Un résultat « flore polymorphe sans germe dominant » est le plus souvent le signe d’une contamination lors du recueil — par la flore cutanée des mains, urinaire ou urétrale. Ce n’est généralement pas pathologique. Il est conseillé de refaire un prélèvement en respectant scrupuleusement le protocole d’asepsie (miction avant recueil, lavage des mains et du gland avec antiseptique, flacon stérile). Si le résultat polymorphe se confirme sur un second prélèvement correctement réalisé, une discussion avec le médecin prescripteur s’impose.

Sources

📚 Sources et références

  1. Leruez-Ville M. et al. (2005). Infection du tractus génital masculin : le point de vue du bactériologiste. EM-consulte. → em-consulte.com
  2. Marchand E. et al. (2012). Les bactériospermies en AMP : comment réaliser et interpréter une spermoculture ? ScienceDirect. → sciencedirect.com
  3. Progrès en Urologie (2023). Infections génito-urinaires et infertilité masculine. → urofrance.org
  4. IVI France (2024). Leucocytes dans le spermogramme : spermoculture et traitement. → ivi-fertilite.fr
  5. Dr Kara-Zaitri M.A. (2025). Spermoculture. → dr-karazaitri-ma.net
  6. WHO (2021). Laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6th edition. → who.int