Le bilan hormonal est l’un des premiers examens réalisés lors d’un bilan de fertilité féminine. Il renseigne sur le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, évalue la réserve ovarienne et permet d’orienter les choix thérapeutiques en PMA. Mais ses résultats n’ont de sens qu’interprétés en fonction de la phase du cycle à laquelle ils ont été réalisés — et jamais isolément. Un résultat « hors norme » n’est pas nécessairement pathologique, et un résultat « normal » ne garantit pas une fertilité parfaite.
L’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien : qui commande quoi ?
La régulation du cycle menstruel est assurée par une cascade hormonale précise entre trois structures : l’hypothalamus (qui sécrète la GnRH en pulses), l’hypophyse (qui produit la FSH et la LH en réponse), et les ovaires (qui sécrètent l’estradiol, la progestérone, l’AMH et l’inhibine B). Ces structures dialoguent en permanence par des mécanismes de rétrocontrôle positif et négatif. Un déséquilibre à n’importe quel niveau peut perturber le cycle, l’ovulation ou la fertilité.
Sécrète GnRH en pulses (stimulation de l’hypophyse)
Sécrète FSH (maturation folliculaire) et LH (déclenchement ovulation)
Produisent Estradiol · Progestérone · AMH · Inhibine B
→ rétrocontrôle sur hypothalamus et hypophyse
Déclenchée par le pic de LH (~J14) → corps jaune → progestérone
Quand et comment réaliser le bilan hormonal ?
Le bilan hormonal de base est idéalement réalisé entre J2 et J4 du cycle (le premier jour du cycle étant le premier jour des règles véritables — pas les « taches » qui peuvent précéder). À ce stade, les hormones sont à leur niveau basal avant le recrutement folliculaire. C’est la photographie de référence de l’axe reproducteur.
Tableau des valeurs hormonales de référence par phase du cycle
| Hormone | J1–J7 Phase folliculaire précoce |
J8–J13 Phase folliculaire tardive |
~J14 Pic ovulatoire |
J15–J28 Phase lutéale |
|---|---|---|---|---|
| FSH | 2–10 mUI/ml | 2–8 mUI/ml | 7–18 mUI/ml | 1,5–7 mUI/ml |
| LH | 2–9 mUI/ml | 2–9 mUI/ml | 18–60 mUI/ml | 1–10 mUI/ml |
| Estradiol | 20–94 pg/ml | 57–250 pg/ml | 100–420 pg/ml | 60–230 pg/ml |
| Progestérone | < 1 ng/ml | 0,3–1,5 ng/ml | 0,4–2,8 ng/ml | 5–25 ng/ml |
FSH : l’hormone qui évalue la réserve ovarienne
La FSH (hormone folliculo-stimulante) est sécrétée par l’hypophyse pour stimuler la croissance des follicules ovariens. Son taux basal à J2–J4 est un des marqueurs historiques de la réserve ovarienne. La logique est simple : quand la réserve diminue, les ovaires sécrètent moins d’inhibine B et d’estradiol (rétrocontrôle négatif), ce qui libère la FSH — son taux basal augmente donc avec l’épuisement progressif des follicules.
Normal. Bonne réserve ovarienne a priori. En FIV : bonne répondeuse probable. Mais une FSH normale n’exclut pas des ovocytes de mauvaise qualité — l’âge reste déterminant.
Zone de vigilance. Réserve ovarienne potentiellement diminuée, surtout si associée à un estradiol élevé. À corréler avec AMH et compte des follicules antraux (CFA). Bilan à compléter.
Réserve ovarienne significativement réduite. FSH > 25 UI/L avec cycles anormaux : critère diagnostique d’IOP (Insuffisance Ovarienne Prématurée) selon l’ESHRE 2024. Stimulation souvent peu efficace. Don d’ovocytes à discuter.
Un taux d’estradiol élevé en début de cycle (> 50–70 pg/ml) freine artificiellement la FSH par rétrocontrôle négatif. Une FSH de 8 associée à un E2 de 80 est plus préoccupante qu’une FSH de 10 avec un E2 de 30.
LH : le déclencheur de l’ovulation et le signal du SOPK
La LH (hormone lutéinisante) est également sécrétée par l’hypophyse. Son rôle principal est de déclencher l’ovulation : le pic de LH survient environ 36 heures avant la rupture folliculaire. C’est ce pic que détectent les tests d’ovulation urinaires (bandelettes LH). En début de cycle (J2–J4), la LH doit être basse — inférieure à la FSH en règle générale.
Inversion du rapport FSH/LH très évocatrice de SOPK. LH > 10 mUI/ml à J3 avec FSH normale oriente vers le diagnostic.
Atteinte de l’hypophyse ou de l’hypothalamus. Anovulation d’origine centrale (classe 1 OMS). Anorexie, stress intense, exercice excessif.
En cours de stimulation FIV, la détection d’une élévation prématurée de la LH (> 10–12 mUI/ml) signale une ovulation spontanée imminente pouvant compromettre la ponction. Les protocoles antagonistes permettent de bloquer ce risque. En IAD/IAC, détecter le pic de LH urinaire permet de programmer l’insémination dans la fenêtre optimale (24–36h après le pic).
Estradiol : le baromètre folliculaire
L’estradiol (17-bêta-estradiol, E2) est le principal estrogène sécrété par les follicules ovariens en croissance. Il reflète l’activité folliculaire : plus les follicules grandissent et mûrissent, plus l’estradiol monte. Il a un double rôle dans l’interprétation du bilan hormonal : comme indicateur de la qualité de la phase folliculaire et comme « filtre » sur la FSH (via le rétrocontrôle négatif).
À J2–J4, l’estradiol doit être bas (20–94 pg/ml). Un taux élevé en début de cycle (> 50–70 pg/ml) peut masquer une FSH élevée — c’est un piège classique du bilan hormonal. En cours de stimulation ovarienne, l’estradiol est le marqueur principal du monitorage : son taux peut être multiplié par 40 à 100 au cours de la stimulation, et la courbe d’ascension doit être linéaire ou exponentielle.
Progestérone : le marqueur de l’ovulation et de la qualité du corps jaune
La progestérone est sécrétée principalement par le corps jaune — la structure formée dans l’ovaire après l’ovulation à partir du follicule rompu. En première partie de cycle, elle est quasi indétectable (< 1 ng/ml). Son élévation en deuxième partie de cycle (phase lutéale) est la signature biologique d'une ovulation qui a eu lieu.
Confirme qu’une ovulation a eu lieu. Un taux > 10–12 ng/ml témoigne d’un corps jaune de bonne qualité — particulièrement important en FIV au moment du transfert.
Suspicion d’anovulation ou d’insuffisance lutéale. À confirmer par d’autres éléments cliniques (courbe thermique, absence de glaire ovulatoire). Si confirmé : bilan complémentaire et traitement éventuel.
La progestérone est dosée pour surveiller une lutéinisation précoce. Sous agonistes GnRH, un taux de progestérone anormalement élevé en fin de stimulation peut indiquer un processus de lutéinisation prématurée — facteur péjoratif pour l’implantation si transfert frais.
AMH : le meilleur marqueur de la réserve ovarienne
(< 3,6 pmol/L)
(3,6–8,6 pmol/L)
(8,6–48,6 pmol/L)
(25–48 pmol/L)
(> 48 pmol/L)
Bilan élargi : prolactine, TSH, androgènes
En présence de signes d’appel cliniques (aménorrhée, cycles très irréguliers, hirsutisme, galactorrhée, signes d’hypothyroïdie…), le bilan de base est complété par des dosages supplémentaires.
Valeur normale : < 20–25 ng/ml chez la femme non enceinte. En cas d’hyperprolactinémie (> 25 ng/ml), risque d’anovulation. Causes : adénome hypophysaire, médicaments, hypothyroïdie. À doser au repos, après 20 min de décubitus.
Valeur cible en désir de grossesse : 0,5–2,5 mUI/L selon les recommandations actuelles (seuil plus strict qu’en population générale). Toute dysthyroïdie (hypo ou hyper) peut perturber le cycle et les résultats de FIV.
Valeur normale : 0,1–0,75 ng/ml (34–260 pmol/L). Ne fluctue pas significativement au cours du cycle. Élevée : SOPK, hyperandrogénie surrénalienne. Associée à : delta-4 androstènedione, S-DHEA, 17-OHP en cas de suspicion.
Sécrétée par les follicules en croissance. Marqueur de réserve ovarienne complémentaire à la FSH. Aujourd’hui largement remplacée par l’AMH, plus stable et plus prédictive. Encore parfois dosée dans certains bilans spécialisés.
Le monitorage de la stimulation ovarienne en FIV
En cours de stimulation ovarienne pour une FIV ou une IAD/IIU, les dosages hormonaux prennent une signification différente et plus dynamique. L’objectif n’est plus d’évaluer une réserve, mais de suivre en temps réel la réponse folliculaire et d’adapter les doses d’induction.
L’estradiol est le paramètre biologique central du suivi de stimulation. Sa valeur peut être multipliée par 40 à 100 entre J1 et la veille du déclenchement. La courbe doit être linéaire ou exponentielle sans rupture de pente — une stagnation ou chute peut indiquer un arrêt folliculaire et imposer d’augmenter les doses ou d’annuler le cycle. L’estradiol doit toujours être interprété en rapport avec les images échographiques (nombre et taille des follicules).
Une élévation prématurée de la LH (> 10–12 mUI/ml) en cours de stimulation signale une ovulation imminente qui compromettrait la ponction. Les protocoles antagonistes (Cetrotide, Orgalutran) sont prescrits précisément pour bloquer ce pic. En l’absence d’antagoniste, la surveillance de la LH est indispensable.
Sous protocole à base d’agoniste GnRH, la progestérone peut être dosée en fin de stimulation pour détecter une lutéinisation prématurée — élévation > 1,5–2 ng/ml en fin de phase folliculaire sous stimulation, signe péjoratif pour un transfert frais. Dans ce cas, la vitrification de tous les embryons et un transfert sur cycle différé sont préférables.
Questions fréquentes sur les dosages hormonaux
Ma FSH est à 12 à J3 — est-ce grave ?
Mon AMH est à 0,8 ng/ml — puis-je quand même tomber enceinte naturellement ?
La pilule contraceptive fausse-t-elle les résultats hormonaux ?
Quelle est la différence entre l’AMH et le compte des follicules antraux (CFA) ?
Peut-on améliorer son AMH ou sa FSH ?
Sources
📚 Sources et références
- ASRM Practice Committee (2020). Testing and interpreting measures of ovarian reserve: a committee opinion. Fertility and Sterility. → asrm.org
- Iwase A. et al. (2024). Anti-Müllerian hormone for screening, diagnosis, evaluation, and prediction: systematic review and expert opinions. J Obstet Gynaecol Research. → doi.org
- Aslan K. et al. (2025). Age-stratified anti-Müllerian hormone (AMH) nomogram. PMC. → pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Dr Benchimol. Bilan hormonal féminin et stérilité. → docteur-benchimol.com
- Espace Santé Les Lucioles. Le bilan hormonal féminin. → espacesanteleslucioles.com
- Biogroup (2025). Bilan biologique de la fertilité chez la femme. → biogroup.fr



