La stimulation ovarienne est l’étape médicamenteuse centrale d’une FIV. Son objectif est de permettre à plusieurs follicules de parvenir à maturité simultanément — là où le cycle naturel n’en sélectionne qu’un seul. Cette page présente les quatre principaux protocoles utilisés en France, leurs différences pratiques et les médicaments qui les composent. Chaque médecin adapte le protocole standard en fonction du profil de la patiente (âge, AMH, réserve ovarienne, antécédents) — les schémas ci-dessous sont des cadres de référence, non des prescriptions.
Pourquoi stimuler les ovaires en FIV ?
Dans un cycle naturel, la plupart des follicules antraux recrutés par la FSH subissent une atrésie (régression), à l’exception d’un seul follicule « dominant » qui évolue jusqu’à l’ovulation. La stimulation ovarienne contrôlée inverse cette logique : en administrant de la FSH à dose supra-physiologique pendant 10 à 12 jours, on cherche à transformer le maximum de follicules antraux en follicules matures — avec pour objectif de recueillir entre 5 et 15 ovocytes lors de la ponction.
Pour que cette stimulation soit contrôlée et n’aboutisse pas à une ovulation spontanée avant que le médecin ne décide de la déclencher, la FSH doit être associée à un médicament qui « coupe » le signal de l’hypophyse vers les ovaires. Deux familles de médicaments permettent ce blocage : les agonistes de la GnRH (action progressive par désensibilisation) et les antagonistes de la GnRH (action rapide en quelques heures). C’est cette association qui définit le type de protocole.
⚠️ Avant de commencer : la pénurie de médicaments AMP
La pénurie chronique de médicaments utilisés en AMP (gonadotrophines, antagonistes) est une réalité en France depuis plusieurs années. Les ruptures de stock peuvent survenir en cours de cycle. Avant de débuter, vérifiez avec votre pharmacien ou votre centre AMP que toutes les boîtes prescrites sont disponibles. En cas de rupture en cours de traitement, contactez immédiatement votre médecin pour adapter le protocole — n’interrompez jamais une stimulation sans avis médical.
Vue d’ensemble : les 4 protocoles de stimulation ovarienne
Durée 25–30j · Désensibilisation forte · Moins de risque de pic LH spontané · Résultats comparables mais plus contraignants · Réservés à des cas spécifiques aujourd’hui
Durée 14–16j · Pas de désensibilisation · Blocage rapide du pic LH · Moins de SHO · Résultats équivalents aux agonistes · Standard actuel dans la majorité des centres
Protocole 1 — Agoniste long « Lutéal » (schéma classique)
Le protocole agoniste long « lutéal » est le plus ancien des protocoles de FIV, longtemps considéré comme la référence. Il débute généralement vers le 21ème jour du cycle précédent celui de la stimulation (phase lutéale). L’agoniste GnRH (Décapeptyl, Synarel, Supréfact) est injecté quotidiennement pendant environ 15 jours, provoquant une désensibilisation progressive de l’hypophyse et la mise au repos de l’ovaire. Cette désensibilisation est suivie d’une « hémorragie de privation » (règles déclenchées par le manque d’estrogènes), qui signe le début effectif de la stimulation.
À partir de ce moment, les injections quotidiennes de FSH (ou HMG) sont ajoutées en maintenant l’agoniste. La durée totale du protocole est de 25 à 30 jours. L’avantage historique de ce protocole était une meilleure synchronisation folliculaire et un contrôle très précis du pic de LH. Il est aujourd’hui réservé à des situations spécifiques, la majorité des centres ayant basculé vers les protocoles antagonistes plus courts.
Protocole 2 — Agoniste long « Folliculaire »
Variante du protocole agoniste long, le protocole « folliculaire » débute au premier jour du cycle courant (J1 des règles) plutôt qu’au J21 du cycle précédent. La phase de désensibilisation dure de même environ 14 jours, mais la stimulation FSH démarre légèrement plus tôt dans le temps calendaire. La structure est identique au protocole 1 (agoniste + FSH en parallèle jusqu’au déclenchement), mais l’organisation pratique peut être préférable pour certaines patientes selon leur calendrier et les contraintes du centre.
Protocole 3 — Court antagoniste (le standard actuel)
Le protocole antagoniste court est devenu le protocole de référence dans la grande majorité des centres de FIV. Il débute immédiatement au premier jour des règles : la stimulation FSH (ou HMG) commence sans phase de désensibilisation préalable. L’ovaire n’est pas mis « au repos » — il est stimulé directement.
L’antagoniste GnRH (Cétrotide, Orgalutran, Fyremazol) est introduit secondairement, généralement à J5–J6 de la stimulation, lorsque les follicules atteignent 12–14 mm de diamètre. Son action est quasi immédiate — il bloque les récepteurs hypophysaires en quelques heures, empêchant tout pic spontané de LH. Le médecin décide du timing d’introduction de l’antagoniste en fonction de la réponse ovarienne échographique et des dosages d’estradiol.
~14–16 jours vs 25–30 jours pour le protocole long. Moins contraignant pour les patientes actives.
Le déclenchement par agoniste (au lieu du hCG) est possible en protocole antagoniste — réduit fortement le risque de syndrome d’hyperstimulation. Indispensable en cas de SOPK.
La méta-analyse Cochrane 2024 confirme des taux de naissance vivante comparables aux protocoles agonistes longs chez les normo-répondeuses.
Recommandation de haut grade ESHRE : protocole antagoniste préférentiel pour les patientes atteintes de SOPK (prévention du SHO).
Protocole 3bis — ELONVA® + antagoniste : une injection pour 7 jours
La corifollitropine alpha (ELONVA®) est une FSH à longue durée d’action. Une seule injection au premier jour de la stimulation remplace 7 jours d’injections quotidiennes de FSH — l’objectif est le même, mais le nombre d’injections est divisé par 7 pour la première semaine. ELONVA® est utilisée exclusivement dans un protocole court-antagoniste.
Dans l’abdomen, au début de la phase folliculaire. Effet FSH pendant 7 jours.
Introduction du Cétrotide ou Orgalutran selon la réponse folliculaire (échographie + dosage E2). Poursuivi jusqu’au déclenchement.
7 jours après ELONVA, relais par FSH recombinante quotidienne si la réponse le nécessite. Ajustée selon la réponse ovarienne. En général, développement folliculaire adéquat vers J9 (de J6 à J18).
Injection de 5 000 à 10 000 UI d’hCG (ou agoniste GnRH). Ponction 36 heures après.
Les médicaments de la stimulation ovarienne
Le déclenchement de l’ovulation : la « gâchette » du cycle
Le déclenchement est l’étape finale de la stimulation. Une injection unique (hCG ou agoniste GnRH) provoque la maturation ovocytaire finale et déclenche le processus d’ovulation — qui n’aboutira pas car la ponction est réalisée 36 heures exactement après l’injection, avant la rupture folliculaire. Cet horaire est impératif : une ponction trop précoce ou trop tardive réduit le nombre d’ovocytes matures recueillis.
📋 Critères de déclenchement (indicatifs)
- Follicules : ≥ 3 follicules de ≥ 17–18 mm de diamètre
- Estradiol : entre 1 000 et 3 000 ng/mL selon le nombre de follicules (les valeurs sont multipliées par 40 à 100 vs le niveau basal)
- LH : surveillance d’absence de pic spontané
- Progestérone : vérification de l’absence de lutéinisation précoce
- Horaire de l’injection : généralement entre 21h et 23h30 (adapter selon l’heure de ponction souhaitée)
⚠️ L’heure exacte d’injection vous sera indiquée par votre médecin ou le centre. Ne jamais l’anticiper ou la retarder.
Agoniste long vs antagoniste court : ce que dit la science en 2024–2025
La question du meilleur protocole de stimulation a fait l’objet de nombreux essais cliniques et méta-analyses. La méta-analyse Cochrane de Melo et al., mise à jour en 2024 (incluant des essais jusqu’à juin 2024), apporte les données les plus robustes disponibles.
La méta-analyse Cochrane 2024 ne montre pas de différence significative de taux de naissances vivantes entre protocoles agonistes longs et antagonistes courts chez les femmes à réponse normale attendue. Le protocole antagoniste est donc non inférieur sur ce critère principal.
Les protocoles courts antagonistes réduisent le risque de SHO par rapport aux protocoles agonistes longs, notamment parce qu’ils permettent l’utilisation d’un agoniste GnRH comme déclencheur (à la place du hCG) — recommandé chez les patientes à risque élevé de SHO (SOPK, hyperrépondeuses).
L’ESHRE recommande de grade élevé l’utilisation du protocole antagoniste pour les patientes atteintes de SOPK — pour prévenir le SHO. Le « freeze all » embryonnaire est hautement recommandé si le risque de SHO persiste malgré le protocole antagoniste.
Les protocoles longs conservent leur intérêt dans des situations particulières : certains cas d’endométriose, patientes présentant des pics de LH difficiles à contrôler, ou selon les préférences et l’expérience du centre prescripteur.
La méta-analyse Cochrane 2024 montre que la stimulation ovarienne sans suppression hypophysaire (protocoles sans agoniste ni antagoniste) réduit les taux de naissances vivantes par rapport aux protocoles avec blocage. L’utilisation d’un bloquant reste donc recommandée.
Questions fréquentes sur les protocoles de FIV
Comment est choisi mon protocole de stimulation ?
Peut-on modifier les doses en cours de stimulation ?
Pourquoi l’heure d’injection du déclencheur est-elle aussi précise ?
Qu’est-ce que le syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO) ?
Y a-t-il des protocoles pour les mauvaises répondeuses ?
Sources
📚 Sources et références
- Melo P. et al. (2024). Protocoles de stimulation ovarienne contrôlée pour la PMA : méta-analyse en réseau. Cochrane Library. → cochranelibrary.com
- Gynéco Online. Inductions d’ovulation en FIV : les recommandations de l’ESHRE. → gyneco-online.com
- ESHRE (2024). Les Essentiels de l’ESHRE 2024 — stimulation ovarienne. → merckgroup.com
- CHU Amiens-Picardie. Modalités pratiques des traitements en AMP. → cpcms.fr (PDF)
- Hôpital DCSS. Les différents protocoles en FIV. → hopital-dcss.org
- Dr Skhiri A. Protocoles de stimulation en FIV. → drskhiri.com
- IVI France. Protocole FIV long ou court. → ivi-fertilite.fr



