En France, le don de sperme repose depuis des décennies sur trois principes fondamentaux : gratuit, anonyme et basé sur le volontariat. La loi de bioéthique du 2 août 2021 a considérablement transformé ce cadre — sans remettre en cause ces principes — en ouvrant l’accès à la PMA avec tiers donneur aux femmes seules et aux couples de femmes, et en instaurant le droit d’accès aux origines pour les enfants nés de don. Résultat : une explosion des demandes que le système peine à absorber, avec plus de 12 000 demandes en 2025 pour 1 015 candidats au don.
Qu’est-ce que le don de sperme ?
Le don de sperme consiste pour un homme à remettre ses spermatozoïdes à un centre agréé (CECOS — Centre d’Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme) afin qu’ils soient utilisés pour permettre à une autre personne ou un couple d’avoir un enfant. En France, ce don est :
Aucune rémunération. Les frais médicaux et non médicaux sont remboursés.
Le donneur ne connaît pas les receveurs. Les enfants peuvent accéder à l’identité du donneur à leur majorité.
Acte altruiste, motivé par l’envie d’aider un autre projet parental.
Les spermatozoïdes sont recueillis, préparés et conservés sous forme de paillettes congelées dans l’azote liquide à -196°C. La gestion de ces dons est assurée par la confédération des CECOS, qui regroupe tous les centres publics autorisés à recueillir, stocker et distribuer les paillettes de sperme en France. La conservation peut durer des années avant utilisation.
Qui peut donner ? Conditions et démarches
Depuis la loi de bioéthique 2021, les conditions pour devenir donneur de sperme ont été simplifiées par rapport à l’ancienne réglementation qui exigeait d’avoir déjà procréé. Aujourd’hui, un homme peut donner même s’il n’a pas d’enfant — ce qui a élargi considérablement le pool de donneurs potentiels.
✅ Conditions pour être donneur de sperme
- Être un homme âgé de 18 à 45 ans
- Être en bonne santé générale
- Ne pas avoir de maladie génétique héréditaire grave
- Réaliser un bilan de santé complet (sérologies, caryotype…)
- Avoir un spermogramme de qualité suffisante pour la congélation
- Consentir expressément à l’accès aux origines (obligatoire depuis 2022)
- Avoir procréé préalablement : non requis depuis 2021
Le donneur peut consentir à ce qu’une partie de ses spermatozoïdes soit conservée pour son propre usage futur (autoconservation combinée au don).
Les démarches se font auprès d’un CECOS. Après un premier entretien et un bilan médical complet (bilan biologique, caryotype, questionnaire médical, sérologies IST), une période de mise en quarantaine des paillettes est imposée (6 mois minimum) avant leur distribution, pour s’assurer de l’absence d’infection à incubation longue. Le donneur est ensuite suivi jusqu’à ce que ses dons aient permis 10 naissances au maximum.
L’accès aux origines depuis le 1er septembre 2022
C’est l’une des révolutions les plus profondes de la loi 2021 : depuis le 1er septembre 2022, tout donneur de sperme doit obligatoirement consentir à ce que son identité et des données non identifiantes le concernant soient transmissibles aux personnes nées de son don, si elles en font la demande à leur majorité. Ce consentement est désormais une condition sine qua non pour donner.
Données non identifiantes (âge, caractéristiques physiques, état de santé au moment du don, motivations, pays de naissance, situation familiale) + identité complète du donneur — via la Commission d’Accès des Personnes nées d’une AMP aux Données des tiers Donneurs (CAPADD)
Le donneur ne connaît pas l’identité des receveurs ni des enfants. Aucun lien de filiation n’est établi entre le donneur et l’enfant. Les parents restent la femme ou le couple ayant réalisé la démarche d’AMP.
Les donneurs ayant donné avant le 1er septembre 2022 peuvent, s’ils le souhaitent, contacter la CAPADD pour manifester leur accord à la transmission de leurs données. Les paillettes de ce « stock ancien » ne peuvent plus être distribuées depuis le 1er avril 2025.
La situation en 2024 : une pénurie structurelle
L’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes en 2021 a provoqué une explosion des demandes que les experts avaient pourtant annoncée. La présidente de la Fédération des CECOS parle d’ »un tsunami de demandes ». La situation est critique : en 2024, 10 600 personnes sont en attente pour 1 045 candidats au don, soit un délai moyen d’attente de 24 mois au niveau national.
stable vs 2024
-2 mois vs 2024 ✓
L’Agence de la Biomédecine appelle à doubler le nombre de donneurs. Des campagnes de recrutement actif ont été lancées depuis 2023 avec un budget multiplié par cinq par rapport à l’ère pré-loi. La situation est particulièrement tendue parce que depuis le 1er avril 2025, les paillettes de l’ancien stock (donneurs n’ayant pas consenti à l’accès aux origines) ne peuvent plus être distribuées — seules les 52 305 paillettes du nouveau stock étaient disponibles fin mars 2024. Pour faire face à la demande, l’idée d’ouvrir le don de sperme aux centres privés a été évoquée, mais n’est pas encore acté.
Qui peut recevoir un don de sperme en France ?
Depuis la loi 2021, l’accès au don de sperme en France n’est plus réservé aux couples hétérosexuels infertiles. Toute personne ou couple ayant un « projet parental » peut y recourir, dans les conditions suivantes.
Les techniques utilisées avec le sperme donneur
La technique utilisée dépend de la situation médicale de la receveuse (ou du couple). Le médecin propose la technique la moins invasive compatible avec les conditions cliniques — l’insémination intra-utérine (IIU-D) est privilégiée en première intention lorsque les trompes sont perméables et la réserve ovarienne correcte.
- Consultation initiale dans un centre CECOS agréé — bilan complet du couple ou de la personne seule
- Dossier médical constitué — confirmation de l’indication au don de sperme
- Inscription sur liste d’attente CECOS — délai moyen 24 mois en 2024
- Attribution d’un donneur anonyme selon les critères de compatibilité (groupe sanguin, phénotype)
- Tentatives remboursées par l’Assurance Maladie (jusqu’à 6 IAD ou 4 FIV selon l’indication)
- Accès aux origines possible par l’enfant à sa majorité (via CAPADD, depuis sept. 2022)
Filiation et droits de l’enfant
La loi française est claire sur la filiation des enfants nés de don : aucun lien de filiation juridique ne peut être établi entre le donneur et l’enfant. Les parents légaux de l’enfant sont et restent la femme ou le couple ayant réalisé la démarche d’AMP — qu’ils soient biologiquement liés à l’enfant ou non. L’accès aux origines, autorisé à la majorité de l’enfant, ne crée pas de filiation et n’ouvre pas de droits successoraux.
⚖️ Points légaux essentiels (Loi 2021-1017)
- Le donneur ne peut pas connaître l’identité des personnes nées de son don
- Un même donneur peut contribuer à la naissance de 10 enfants maximum
- L’enfant peut demander à sa majorité l’identité du donneur via la CAPADD
- Aucun lien de filiation entre le donneur et l’enfant — le donneur n’est pas le père légal
- Le consentement au don est révocable jusqu’à l’utilisation des paillettes
- Les paillettes non utilisées sont détruites si le projet parental est abandonné ou si la personne décède
Questions fréquentes sur le don de sperme
Combien de temps faut-il attendre pour obtenir un don de sperme en France ?
Peut-on choisir son donneur de sperme en France ?
Le don de sperme est-il remboursé par l’Assurance Maladie ?
L’enfant né par don de sperme saura-t-il que son père n’est pas son père biologique ?
Pourquoi y a-t-il une pénurie de donneurs en France ?
Sources
📚 Sources et références
- Agence de la Biomédecine (14 avril 2026). Résultats d’activité nationale en AMP 2025. → agence-biomedecine.fr
- Ministère de la Santé (avril 2025). Fin des gamètes anonymes — chiffres 2024. → sante.gouv.fr
- Loi n° 2021-1017 du 2 août 2021 relative à la bioéthique. → legifrance.gouv.fr
- dondespermatozoides.fr. Cadre légal et données 2024. → dondespermatozoides.fr
- Ameli.fr. Don d’ovocytes, de spermatozoïdes et d’embryons. → ameli.fr



