IST et fertilité : les infections sexuellement transmissibles comme cause d’infertilité

55 500
Diagnostics chlamydia en secteur privé (France, 2023)
60–70 %
Des infections à chlamydia sont asymptomatiques
3 millions
Personnes dépistées chlamydia en France (2023)
Gratuit
Dépistage IST pour les moins de 26 ans depuis 2024

Mise à jour en avril 2026

Le terme MST (maladies sexuellement transmissibles) a cédé la place à IST (infections sexuellement transmissibles) — une évolution sémantique importante : une « maladie » implique des symptômes visibles, alors que la plupart de ces infections sont silencieuses pendant des mois ou des années. C’est précisément ce silence qui en fait une des causes les plus sous-estimées d’infertilité. En France, les IST bactériennes sont en hausse constante selon les données de Santé publique France publiées en octobre 2024 — et une grande partie des cas n’est jamais diagnostiquée.

IST et infertilité : un lien sous-estimé

Les IST peuvent avoir des vecteurs très différents — bactéries, virus, parasites, champignons — et des conséquences tout aussi variables sur la fertilité : de la stérilité tubaire bilatérale irréversible (chlamydia non traitée) aux lésions précancéreuses du col (papillomavirus), en passant par les atteintes spermatiques silencieuses (mycoplasmoses). Dans la plupart des cas, la connaissance de ces agents pathogènes et un dépistage précoce permettraient d’éviter les séquelles durables.

Le point commun entre les IST les plus problématiques pour la fertilité — chlamydia et gonorrhée en tête — est leur silenciosité. Une infection à chlamydia peut évoluer pendant des mois ou des années sans le moindre symptôme, progresser vers les trompes et provoquer une salpingite chronique, puis une obstruction tubaire définitive. C’est souvent au moment du bilan de fertilité, des années après l’infection initiale, que les séquelles sont découvertes.

La chlamydia : première cause d’infertilité tubaire acquise

Chlamydia trachomatis est l’IST bactérienne la plus fréquente en France et la principale cause infectieuse d’infertilité tubaire. En 2023, environ 55 500 diagnostics ont été établis en secteur privé (+10 % par rapport à 2021) — mais ce chiffre sous-estime largement la réalité car 60 à 70 % des infections sont asymptomatiques et ne font jamais l’objet d’un dépistage.

Chez la femme — risques sévères
Sans traitement, la chlamydia remonte vers l’utérus et les trompes, provoquant une salpingite (souvent silencieuse). Les séquelles possibles : douleurs pelviennes chroniques, stérilité tubaire bilatérale, grossesse extra-utérine (GEU). La sérologie chlamydia (IgG, IgA) permet de détecter les infections profondes passées par leurs traces sérologiques.
Chez l’homme — OATS et épididymite
La chlamydia peut provoquer une urétrite (souvent discrète) et, si elle progresse, une orchi-épididymite — inflammation du testicule et de l’épididyme — pouvant entraîner une stérilité masculine (OATS sévère) ou une obstruction des voies séminales.
Traitement — simple et efficace si précoce
Doxycycline 100 mg ×2/j pendant 7 jours (formes non compliquées). Traitement des deux partenaires obligatoire. PCR de contrôle à 3–6 mois pour éliminer une réinfection.

Gonorrhée, mycoplasmoses et syphilis

Trois autres IST bactériennes méritent une attention particulière dans le contexte de la fertilité.

Gonorrhée (Neisseria gonorrhoeae) EN FORTE HAUSSE
Hausse la plus importante parmi toutes les IST bactériennes en France sur 2021–2023. Non traitée, elle provoque une maladie inflammatoire pelvienne (MIP) chez la femme avec risque d’infertilité tubaire. Chez l’homme, elle peut provoquer épididymite et obstruction. Résistance antibiotique en émergence : attention aux souches résistantes aux céphalosporines — une surveillance est nécessaire. Traitement : ceftriaxone IM, souvent associé à un traitement de la chlamydia (co-infection fréquente).
Mycoplasmoses (Mycoplasma genitalium, Ureaplasma)
Commensaux des voies génitales basses pouvant devenir pathogènes dans certaines conditions. Chez la femme : salpingites, infections pelviennes, implication dans les fausses couches à répétition et la prématurité. Chez l’homme : altération possible de la mobilité spermatique in vitro. Prévalence Mycoplasma genitalium en population générale : 1,25 % (hommes) / 3,06 % (femmes) selon l’étude PrévIST 2024. Traitement : antibiotique adapté (doxycycline ou azithromycine, avec génotypage pour résistance aux macrolides).
Syphilis (Treponema pallidum) EN HAUSSE CHEZ LES FEMMES
En hausse chez les femmes depuis 2021 selon Santé publique France. Primaire : chancre indolore (souvent méconnu). Secondaire : atteintes cutanéo-muqueuses, possibles atteintes articulaires ou rénales. Tertiaire après des années de latence : atteintes neurologiques, cardiaques, hépatiques. L’impact direct sur la fertilité est variable selon le stade mais une infection active pendant la grossesse peut provoquer une syphilis congénitale grave. Traitement : pénicilline G (adapté au stade).
Trichomonase (Trichomonas vaginalis) et candidoses
Trichomonase : parasitose génitale provoquant vaginite avec écoulement et prurit. Souvent discrète chez l’homme (facteur de diffusion). Traitement antiparasitaire oral + local, avec traitement obligatoire du partenaire. Candidoses (Candida albicans) : mycose génitale fréquente, avec leucorrhées, brûlures et démangeaisons. Traitement local et/ou oral des deux partenaires, avec contrôle quelques semaines après.

IST virales et fertilité

Les IST d’origine virale ont des impacts variables sur la fertilité mais nécessitent une prise en charge systématique dans tout projet parental.

🌿 HPV (Papillomavirus) — sérotypes 6/11
Condylomes génitaux (verrues). Peu cancérigènes mais récidivants et contagieux. Traitements locaux (crème, laser, cryothérapie, chirurgie). Ne compromet pas directement la fertilité sauf si traitement cervical nécessaire (risque prématurité).
🔴 HPV — sérotypes 16/18
70 % des lésions précancéreuses de la vulve. Risque de cancer du col, de la vulve, du vagin, de l’anus. Conisation ou autre traitement chirurgical possible → risque d’incompétence cervicale. Prévention : vaccination avant 14 ans (jusqu’à 19 ans en rattrapage).
🔶 Herpès génital (HSV-2)
Poussées récurrentes, souvent asymptomatiques entre les épisodes. Risque de transmission néonatale lors de l’accouchement si primo-infection tardive. Traitement antiviral pendant la grossesse si antécédents.
🔵 Hépatites B et C
Impact direct sur la fertilité limité mais prise en charge indispensable avant grossesse. Hépatite B : vaccination recommandée. Hépatite C : risque de transmission sexuelle très faible mais sérologie du partenaire nécessaire.
🟣 VIH
La meilleure protection reste le préservatif. Les antirétroviraux modernes permettent une charge virale indétectable — réduisant considérablement le risque de transmission sexuelle. Un projet parental est possible pour les couples sérodiscordants avec un suivi médical adapté. Les techniques de PMA (ICSI avec traitement du sperme) peuvent être utilisées pour minimiser le risque.

État des lieux des IST en France 2023–2024

Le bulletin de Santé publique France publié en octobre 2024 dresse un bilan préoccupant des IST bactériennes. L’augmentation des gonococcies est la plus marquante — elle est supérieure à l’augmentation du dépistage, suggérant une véritable hausse de l’incidence et non uniquement un meilleur repérage. La syphilis augmente chez les femmes de tous âges. Les chlamydias progressent chez les hommes.

📊 Données Santé publique France — 2023 (publiées oct. 2024)

Chlamydia
55 500 diagnostics secteur privé (+10 % vs 2021) · 3 millions dépistés · 60–70 % asymptomatiques · +27 % de dépistage sur 2021–2023
Gonococcies
Hausse la plus importante toutes IST confondues · Touche les deux sexes et toutes les classes d’âge · Émergence de résistances antibiotiques signalée
Syphilis
En hausse chez les femmes de tous âges (+) · Surveillance renforcée recommandée
Population la plus touchée
Femmes de 15–25 ans (chlamydia) · Hommes 26–49 ans · Personnes avec partenaires multiples

Dépistage IST en France : qui, quand et comment en 2024 ?

Depuis septembre 2024, le programme « Mon test IST » permet à tout assuré social de se faire dépister en laboratoire de ville sans ordonnance pour chlamydia, gonocoque, syphilis, hépatite B et VIH. Pour les moins de 26 ans, ces tests sont pris en charge à 100 %. Les jeunes femmes de 18 à 25 ans peuvent aussi commander un kit d’auto-prélèvement gratuit depuis leur compte Ameli.

🔍 Recommandations HAS — Qui dépister et quand ?

Femmes de 15 à 25 ans sexuellement actives — dépistage systématique chlamydia (PCR) au moins une fois, annuel si rapports non protégés avec nouveau partenaire
Femmes de plus de 25 ans avec facteurs de risque — nouveau partenaire, multipartenariat, autre IST diagnostiquée
Hommes sexuellement actifs avec facteurs de risque — dépistage opportuniste quel que soit l’âge
Femmes enceintes — dépistage chlamydia lors de la consultation prénatale, sans limite d’âge
⚠️Bilan de fertilité — une sérologie chlamydia (IgG, IgA) et/ou PCR devrait être proposée systématiquement, surtout en cas d’infertilité tubaire inexpliquée

💡 Kit d’auto-dépistage gratuit pour les 18–25 ans via compte Ameli · Mon test IST sans ordonnance dans ~4 000 laboratoires depuis sept. 2024

Vue d’ensemble des principales IST et leur impact sur la fertilité

IST et fertilité — état des lieux France 2023–2024
Les infections sexuellement transmissibles (IST) — terme actuel remplaçant MST — sont une cause sous-estimée d’infertilité, souvent silencieuses et découvertes au bilan de fertilité
55 500
Diagnostics chlamydia en secteur privé (2023, +10 % vs 2021)
3 millions
Personnes dépistées chlamydia en France (2023)
Gratuit
Dépistage IST pour les moins de 26 ans (Mon test IST, depuis 2024)
60–70 %
Infections à chlamydia asymptomatiques (silencieuses)
🦠 RISQUE MAJEUR
Chlamydia (Chlamydia trachomatis)
IST bactérienne la plus fréquente en France. Asymptomatique dans 60–70 % des cas. Sans traitement : salpingite → stérilité tubaire bilatérale (femme) · OATS sévère (homme). Dépistage systématique recommandé HAS : femmes 15–25 ans sexuellement actives. PCR sur auto-prélèvement vaginal. Traitement : doxycycline 7j. ⚠️ En hausse : +10 % entre 2021 et 2023.
🦠 EN FORTE HAUSSE
Gonorrhée (Neisseria gonorrhoeae)
Hausse la plus importante parmi toutes les IST en France 2021–2023. Non traitée, peut provoquer une maladie inflammatoire pelvienne (MIP) → infertilité tubaire. Résistance antibiotique en émergence (attention aux souches résistantes aux céphalosporines). Traitement : ceftriaxone IM + doxycycline si co-infection chlamydia.
🦠 À SURVEILLER
Mycoplasmoses (Ureaplasma, Mycoplasma genitalium)
Commensaux des voies génitales basses pouvant provoquer salpingites et infections pelviennes. Impliqués dans les fausses couches à répétition et la prématurité. Peuvent altérer la mobilité spermatique in vitro. Prévalence Mg : 1,25 % (hommes) / 3,06 % (femmes) en population générale (PrévIST 2024).
🦠 MULTI-STADES
Syphilis (Treponema pallidum)
En hausse chez les femmes depuis 2021. Primaire : chancre indolore. Secondaire : atteintes cutanéo-muqueuses. Tertiaire après années de latence : atteintes neurologiques, cardiaques. Séquelle sur fertilité possible selon sévérité. Traitement : pénicilline G (selon stade).
🦠 VIRAL
Papillomavirus HPV (sérotypes 6/11 et 16/18)
HPV 6/11 : condylomes génitaux (verrue), peu cancérigènes mais récidivants. HPV 16/18 : 70 % des lésions pré-cancéreuses de la vulve. Prévention : vaccination recommandée (avant 14 ans, jusqu’à 19 ans en rattrapage) + suivi gynécologique régulier. Impact direct sur fertilité modéré mais chirurgie cervicale possible (risque prématurité).
🧫 AUTRES
Trichomonase · Candidoses · Herpès génital · Hépatites B/C · VIH
Trichomonas : vaginite avec prurit, traitement antiparasitaire oral + local, traitement du partenaire indispensable. Candidoses : mycose génitale (Candida albicans), traitement des 2 partenaires. Herpès, hépatites B/C, VIH : IST virales dont l’impact direct sur la fertilité est variable mais dont la prise en charge est indispensable avant tout projet parental.
💡 Mon test IST (depuis septembre 2024) : tests sans prescription (chlamydia, gonocoque, syphilis, hépatite B, VIH) disponibles dans les ~4 000 laboratoires de ville. Prise en charge à 100 % pour les moins de 26 ans. Les jeunes femmes de 18–25 ans peuvent aussi commander un kit gratuit depuis leur compte Ameli.
Sources : Santé publique France (oct. 2024) · RecoMédicales (2025) · vih.org (nov. 2025) · HAS · AIDES (2024)

Questions fréquentes sur IST et fertilité

J’ai eu une chlamydia traitée il y a plusieurs années. Peut-elle encore affecter ma fertilité aujourd’hui ?

Cela dépend du délai entre l’infection et le traitement. Une chlamydiose traitée rapidement laisse peu de séquelles. Une infection prolongée et silencieuse peut provoquer une salpingite chronique, des adhérences tubaires et une obstruction permanente des trompes. Si vous avez des antécédents de chlamydia et commencez un bilan de fertilité, une hystérosalpingographie (HSG) est souvent recommandée pour évaluer la perméabilité tubaire, même en l’absence de symptômes actuels.

La chlamydia peut-elle provoquer une infertilité masculine ?

Oui, bien que ce soit moins souvent évoqué que l’impact féminin. Chez l’homme, une chlamydiose non traitée peut évoluer vers une orchi-épididymite (inflammation de l’épididyme et du testicule), pouvant aboutir à une obstruction des voies séminales et une azoospermie obstructive ou une oligospermie sévère (OATS). Des sérologies et une PCR urinaire ou sur prélèvement urétral peuvent détecter une infection active ou passée.

Comment se faire dépister gratuitement pour une IST en France ?

Depuis septembre 2024, le programme « Mon test IST » permet un dépistage sans ordonnance pour chlamydia, gonocoque, syphilis, hépatite B et VIH dans les ~4 000 laboratoires de ville. Pour les moins de 26 ans : prise en charge à 100 %. Les 18–25 ans peuvent aussi commander un kit d’auto-prélèvement gratuit depuis leur compte Ameli. Les CeGIDD (Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic) offrent un dépistage confidentiel et anonyme, également sans avance de frais.

La vaccination HPV protège-t-elle la fertilité ?

La vaccination HPV protège contre les souches les plus cancérigènes (16, 18) et les souches responsables des condylomes (6, 11). Elle réduit le risque de lésions précancéreuses du col qui pourraient nécessiter une conisation — intervention pouvant fragiliser le col et augmenter le risque de fausse couche et de prématurité lors d’une grossesse ultérieure. En ce sens, la vaccination HPV protège indirectement la fertilité future. Elle est recommandée avant 14 ans, avec rattrapage possible jusqu’à 19 ans.

Faut-il systématiquement dépister les IST avant de commencer une PMA ?

Oui. Le bilan d’entrée en PMA comprend obligatoirement des sérologies pour les deux partenaires : VIH, hépatites B et C, syphilis. La recherche de chlamydia (PCR ou sérologie) devrait également être systématique, surtout en cas d’infertilité inexpliquée ou d’antécédents infectieux. Une IST active ou ses séquelles non diagnostiquées peuvent compromettre les résultats de FIV ou représenter un risque pour la grossesse — les traiter avant de commencer le parcours améliore les chances de succès.

Sources

📚 Sources et références

  1. Santé publique France (oct. 2024). Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2023. → cnr-ist.fr
  2. vih.org (nov. 2025). Épidémiologie du VIH et des IST en France en 2024. → vih.org
  3. RecoMédicales (2025). Infections Chlamydia trachomatis. → recomedicales.fr
  4. HAS (2018). Dépistage des infections à Chlamydia trachomatis. → has-sante.fr
  5. AIDES (2024). IST en France en 2023. → aides.org
  6. vih.org (2024). PrévIST : prévalence des IST en population générale. → vih.org