La PMA en Bourgogne-Franche-Comté repose sur seulement trois centres clinico-biologiques pour une région qui représente 3,8 % des femmes en âge de procréer en France. Ce sous-dimensionnement structurel a une conséquence directe : en 2023, près d’une femme sur quatre résidant dans la région a dû aller se faire soigner ailleurs — principalement en Auvergne-Rhône-Alpes. Les données officielles de l’Agence de la biomédecine pour 2023, publiées en avril 2025, documentent un système régional sous tension, avec des atouts réels mais aussi des vulnérabilités préoccupantes.
Ce qui en ressort est contrasté. La région maintient des taux de FIV proches de la moyenne nationale et dispose d’une activité de don d’ovocytes légèrement supérieure à la moyenne — un atout rare. Mais la réalité masque une crise aigüe : le nombre de ponctions de donneuses a chuté de 47 % entre 2021 et 2023, passant de 32 à seulement 17 ponctions annuelles. Parallèlement, les inséminations intra-utérines restent à 40 % en dessous de la moyenne nationale, et la situation des embryons congelés en Bourgogne est parmi les plus dégradées de France.
Les données proviennent des tableaux AMP0 à AMP13 du rapport régional Bourgogne-Franche-Comté publié par l’Agence de la biomédecine (édition 2025, données 2023). Il s’agit de la source officielle la plus récente disponible sur l’activité AMP en France.
Chiffres clés de la PMA en Bourgogne-Franche-Comté en 2023
Bourgogne-Franche-Comté · AMP 2023 · Source Agence de la biomédecine
pour 10 000 femmes
pour 10 000 femmes
pour 10 000 femmes
hors région
Don d’ovocytes · offre vs demande
Donneuses vs receveuses acceptées, 2021–2023
⚠ −47 % de donneuses entre 2021 et 2023.
Bourgogne-Franche-Comté vs France
Tentatives pour 10 000 femmes — valeur région / France
La barre violette dépasse la moyenne : seul indicateur supérieur à la France.
3 centres autorisés en Bourgogne-Franche-Comté : un réseau sous-dimensionné
La Bourgogne-Franche-Comté ne dispose que de trois centres clinico-biologiques autorisés pour la FIV en 2023 : le CHRU Le Bocage à Dijon, la Polyclinique de Franche-Comté à Besançon, et le CHRU Jean Minjoz à Besançon. Trois laboratoires de biologie médicale supplémentaires pratiquent uniquement les inséminations. Ce réseau de trois centres pour 436 000 femmes en âge de procréer est l’un des moins denses de France en proportion de la population féminine, à comparer avec les 12 centres d’Auvergne-Rhône-Alpes pour une région pourtant 3,2 fois plus peuplée.
Cette concentration de l’offre à Dijon et à Besançon explique directement les 22,9 % de flux sortants — soit une femme sur quatre qui quitte la région pour se faire soigner, principalement vers Auvergne-Rhône-Alpes (13,3 % des patientes BFC), l’Île-de-France (4,3 %) et le Grand Est (4,1 %). Si vous habitez dans le nord de la Bourgogne, autour d’Auxerre ou de Sens, ou dans les zones rurales de Franche-Comté, les déplacements vers Dijon ou Besançon pour le monitoring quotidien restent contraignants — ce qui peut justifier de consulter un centre voisin hors région pour des raisons pratiques de proximité.
| Centre | Ville | FIV | Don ovocytes | Don sperme | Accueil embryons | Autoconserv. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Hôpital Le Bocage (CHRU) | Dijon | ✓ | ✓ | ✓ | — | Méd. + non méd. |
| Polyclinique de Franche-Comté | Besançon | ✓ | — | — | — | Méd. uniquement |
| CHRU Jean Minjoz | Besançon | ✓ | ✓ | ✓ | ✓ | Méd. + non méd. |
Source : Tableau AMP2, rapport ABM 2025. 3 laboratoires habilités à la seule insémination (IA) : LBM Dijon Bruant, LBM Bio+ Auxerre, LBM Bio+ Sens.
Don d’ovocytes en Bourgogne-Franche-Comté : une activité présente mais en crise de recrutement
La Bourgogne-Franche-Comté est l’une des rares régions françaises à afficher un taux de don d’ovocytes légèrement supérieur à la moyenne nationale : 2,32 tentatives pour 10 000 femmes, contre 2,24 nationalement. Mais derrière ce chiffre agrégé se cache une réalité préoccupante : le nombre de ponctions de donneuses a chuté de 47 % en seulement deux ans, passant de 32 en 2021 à 17 en 2023. L’Agence de la biomédecine qualifie elle-même cette situation de « difficultés de recrutement des donneuses ». Le résultat est que malgré 66 receveuses ayant bénéficié d’un don en 2023, seulement 24 nouvelles receveuses ont été acceptées cette année-là — un signe que les listes d’attente raccourcissent faute de nouvelles entrées.
Cette tendance est particulièrement marquée en Bourgogne, où le CHRU Le Bocage à Dijon réalisait 15 ponctions en 2021 et n’en déclare plus que 6 en 2023. Le CHRU Jean Minjoz de Besançon maintient davantage son activité (11 ponctions en 2023 vs 17 en 2021). Si vous êtes en attente d’un don d’ovocytes dans la région et que les délais vous semblent anormalement longs, contactez directement les secrétariats des deux CHU et envisagez de vous inscrire simultanément sur liste d’attente dans une région voisine — les données ABM confirment qu’un nombre significatif de patientes de BFC se font soigner hors région précisément pour cette raison.
Don d’ovocytes : effondrement de l’offre en Bourgogne-Franche-Comté
Ponctions de donneuses vs nouvelles receveuses acceptées, 2021–2023
⚠ Le nombre de donneuses a été divisé par presque 2 en 2 ans. La Franche-Comté (CHRU Besançon) représente désormais 65 % des ponctions régionales.
FIV et inséminations : le grand écart entre Bourgogne et Franche-Comté
Le taux de FIV en Bourgogne-Franche-Comté (53,2 tentatives pour 10 000 femmes) est très proche de la moyenne nationale (54,5), ce qui paraît satisfaisant en apparence. Mais les inséminations intra-utérines racontent une autre histoire : avec seulement 24,2 tentatives pour 10 000 femmes, la région se situe 40 % en dessous de la moyenne nationale (40,7). Ce gap considérable suggère que des patientes qui pourraient bénéficier d’une première prise en charge par insémination — moins invasive et moins coûteuse que la FIV — accèdent directement à la FIV faute de capacité d’insémination locale, ou ne reçoivent pas de prise en charge du tout et partent vers d’autres régions.
Deux singularités techniques méritent l’attention des patientes et des professionnels. D’une part, le taux de recours à l’ICSI en Bourgogne est de 91,0 % — le chiffre le plus élevé de France, contre 67,6 % nationalement. Cela signifie que le CHU de Dijon a quasi-systématiquement recours à la micro-injection du spermatozoïde, même dans des cas où la FIV classique pourrait suffire. D’autre part, la culture prolongée des embryons (jusqu’au stade blastocyste, qui améliore la sélection des embryons viables) n’est pratiquée que dans 21,1 % des cas en BFC, contre 54,2 % en France — avec un écart spectaculaire : en Bourgogne, ce taux tombe à seulement 4,9 %. Ces choix techniques sont propres à chaque centre et ne signifient pas que les résultats sont moins bons, mais ils méritent d’être discutés avec votre médecin avant de commencer un protocole.
Bourgogne-Franche-Comté vs France — tentatives pour 10 000 femmes (2023)
Toutes origines de gamètes confondues
★ Seul le don d’ovocytes dépasse la France. L’IIU est le principal déficit régional (−40 %).
Loi bioéthique 2021 : une montée en charge progressive malgré la petite taille du réseau
L’ouverture de la PMA à toutes les femmes par la loi de bioéthique de 2021 a produit une croissance significative du don de sperme en Bourgogne-Franche-Comté. Le nombre de couples et femmes seules ayant effectué au moins une tentative avec sperme de donneur est passé de 41 en 2021 à 66 en 2022, puis à 167 en 2023 — soit une multiplication par 4 en deux ans. Sur l’autoconservation non médicale des ovocytes — second apport de la loi — la région part de chiffres très faibles du fait du nombre limité de centres autorisés : 14 nouvelles patientes en 2022 (première année), puis 46 en 2023, soit une multiplication par 3,3.
Seuls deux centres sont actuellement habilités à l’autoconservation non médicale : le CHRU Le Bocage de Dijon et le CHRU Jean Minjoz de Besançon. La Polyclinique de Franche-Comté à Besançon ne propose pas cette activité. Si vous souhaitez congeler vos ovocytes pour convenance personnelle en Bourgogne-Franche-Comté, vous devrez donc nécessairement vous orienter vers l’un des deux CHU régionaux, ou vous déplacer vers un centre d’une région voisine. Les délais d’accès à cette consultation ne sont pas publiés par les centres — contactez directement les secrétariats.
Loi bioéthique 2021 — nouveaux bénéficiaires en Bourgogne-Franche-Comté
Don de sperme — couples/femmes receveurs
×4 en deux ans
Autoconservation non médicale d’ovocytes
Chiffres encore modestes ; 2 centres autorisés (CHU Dijon + CHU Besançon Minjoz).
Profil des patientes : Bourgogne-Franche-Comté prend en charge des femmes plus jeunes qu’ailleurs
Un résultat contre-intuitif ressort des données ABM 2023 : les femmes prises en charge en FIV en Bourgogne-Franche-Comté sont significativement plus jeunes que la moyenne nationale. La part des moins de 30 ans atteint 19,4 %, contre 14,9 % en France — un écart de +4,5 points considérable. La part des 40 ans et plus est de 14,3 %, contre 17,1 % en France. Cette prise en charge plus précoce peut s’expliquer par un accès plus rapide aux soins dans un réseau de centres moins saturé, et par un profil démographique régional avec une population plus jeune qu’en Île-de-France. Elle est de bon augure pour les résultats, puisque l’âge est le premier facteur pronostique en FIV.
Âge des patientes à la ponction ovocytaire
Bourgogne-Franche-Comté vs moyenne nationale — 2023
★ La région prend en charge 30 % de femmes de moins de 30 ans de plus que la moyenne nationale — un atout pronostique.
Les embryons congelés : une situation critique en Bourgogne, correcte en Franche-Comté
Le rapport ABM révèle un écart saisissant entre les deux parties de la région sur la gestion des embryons congelés. En Bourgogne, au 31 décembre 2023, seulement 54,6 % des embryons conservés correspondent à un projet parental actif — contre 77,9 % en France. Le taux de « défaut de réponse ou désaccord du couple » atteint 25,7 %, soit presque le double de la moyenne nationale (14,4 %). Le taux d’abandon de projet est lui aussi nettement supérieur : 19,7 % contre 7,8 %. Ces chiffres indiquent que le CHRU Le Bocage de Dijon peine à maintenir un suivi actif de ses patients pour leurs embryons congelés. En Franche-Comté, la situation est à l’inverse excellente : 85,9 % des embryons sont en projet actif, et seulement 9,6 % sont en défaut de réponse.
Les données ABM montrent que 25,7 % des embryons conservés en Bourgogne sont en situation de « défaut de réponse du couple » — soit un taux presque double de la moyenne nationale. Si vous recevez des courriers périodiques de votre centre concernant vos embryons congelés, répondez-y impérativement : votre silence administratif peut bloquer la gestion de votre propre dossier. Si vous n’avez pas eu de nouvelles de votre centre depuis plus d’un an et que vous avez des embryons en conservation, contactez directement le service de biologie de la reproduction du CHU pour régulariser votre situation.
Questions fréquentes sur la PMA en Bourgogne-Franche-Comté
Quels centres proposent le don d’ovocytes en Bourgogne-Franche-Comté ?
Pourquoi le nombre de donneuses d’ovocytes a-t-il autant chuté dans la région ?
Faut-il vraiment aller dans une autre région pour sa PMA si on habite en Bourgogne-Franche-Comté ?
Peut-on faire congeler ses ovocytes sans raison médicale en Bourgogne-Franche-Comté ?
Pourquoi le CHU de Dijon utilise-t-il presque exclusivement l’ICSI ?
Les patientes séropositives sont-elles prises en charge en Bourgogne-Franche-Comté ?
Combien d’enfants naissent chaque année de la PMA en Bourgogne-Franche-Comté ?
Sources
📚 Sources officielles
- Agence de la biomédecine. Bourgogne-Franche-Comté — Activité régionale d’assistance médicale à la procréation. Édition 2025, extraction des données avril 2025. → agence-biomedecine.fr
- Agence de la biomédecine. Rapport annuel médical et scientifique (RAMS) 2023. → rams.agence-biomedecine.fr
- Agence de la biomédecine. Évaluation des résultats des centres d’AMP. → agence-biomedecine.fr/Evaluations
Dernière mise à jour : avril 2025. Article mis à jour dès publication de nouvelles données officielles.



